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Versailles à Tokyo

Posté par tokyomonamour le 19 octobre 2010

Comment ai-je pu vivre 8 ans dans la capitale et passer à côté de ce monument?

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Le Geihinkan, ou pavillon de réception, appelé aussi palais d’Akasaka, c’est un mini Versailles en plein coeur de Tokyo. Un palais de 15 000 m2 dans un jardin de plus de 11 hectares à quelques minutes à peine de la station Yotsuya, dans l’arrondissement de Minato. Le palais de style néo baroque, prenant explicitement Versailles et le palais du Louvre comme référence, a été conçu par l’architecte japonais Katayama Tokuma qui fut l’élève de l’architecte anglais Josiah Conder (qui enseigna l’architecture à l’université impériale dès 1877 et construisit les premiers bâtiments occidentaux au Japon). Lancés en 1899 sur le site d’une résidence d’une branche de la famille des Tokugawa, les travaux durèrent plus de 10 ans. Le palais avait originellement été conçu pour servir de résidence au Prince de la maison impériale, fonction qu’il conserva jusqu’à la fin de la guerre. Après la défaite, la propriété du palais et du jardin passe de la Maison impériale à l’Etat. Le bâtiment porte d’ailleurs les deux blasons, celui de la Maison impériale et celui de l’Etat japonais (que l’on retrouve aussi sur les visas et les alien registration card). Le bâtiment est alors convertit en bibliothèque, il servit aussi d’annexe de ministères et de siège de la cour d’appel. Il fut finalement transformé en hôtel de réception pour hôtes étrangers en 1974, après 7 ans de travaux de rénovation.

Le palais a encore été rénové en 2006, notamment pour des travaux de renforcement parasismiques (les fondations et les murs sont été renforcé par une structure en acier) et a été classé au patrimoine en tant que trésor national en 2009 pour fêter son centième anniversaire. Le palais étant utilisé à des fins officielles, il est fermé au public toute l’année mais la semaine dernière, le jardin était ouvert aux gens du peuples du 14 au 16 octobre… L’occasion faisant le larron, je n’ai pas hésité à pénétrer dans le sacro-saint de la diplomatie nippone… Enfin, le chemin y conduisant du moins, encadré de part et d’autre par des gardes (d’une société privée, ce qui est surprenant) ne permettant pas qu’on foule le gazon… He, he, ça me rappelle une émission télé où des journalistes étaient autorisés à filmer l’intérieur du bâtiment: on leur avait fait enfiler des chaussons pour ne pas qu’ils salissent les parquais « d’époque »! Est-ce que Kan demandera à Barrack d’enlever ses pompes avant de rentrer? Ha! Je vous jure, au niveau hygiène, les japonais ne savent pas s’arrêter…

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La façade du palais en elle-même n’est pas extraordinaire, surtout quand on connait les originaux, mais les petits détails de mélange des genres sont assez surprenant: Les armures ornant le toit de l’entrée par exemple. Sur le modèle occidental, on y voit bien les drapeaux en éventail derrière mais c’est un appareillage médiéval de bushi qui trône au milieu. De même, les blasons qui ornent le portail et les entrées représentant le chrysanthème impérial. Du plus pur WA/YO secchu style…

Publié dans Urbanisme et architecture | Pas de Commentaires »

Campus de Komaba, Université de Tokyo

Posté par tokyomonamour le 17 octobre 2010

En 1873, le nouveau gouvernement de Meiji décide d’importer les technologies agricoles de l’occident et programme la création de rizières expérimentales sur le site de Komaba. Actuellement situées sur la ligne Inokashira à 2 stations de Shibuya, on peut encore voir ces rizières expérimentales, toujours en activité, désormais situées dans le parc de Komabano le long de la voie ferrée.

L’année suivante, un laboratoire d’agronomie est crée et en 1878 l’école d’agronomie de Komaba voit le jour. En 1890 celle-ci est intégrée à l’université impériale (teikoku daigaku). En 1935, la faculté d’agriculture déménage un peu plus loin, dans la ville de Fuchu où elle se trouve encore, et laisse la place à un lycée supérieur (kyuseidaiichi koto gakko) d’élite doté d’un système d’internat à l’anglaise intégré dans la filière de l’université impériale depuis 1894. En 1949, le lycée disparaît et s’intègre à l’université. Le portail d’entrée du Campus, datant de 1938, porte encore le blason de l’école. Le contraste pierre/bois et verdure en fond est assez classe, il faut le reconnaître.
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Après guerre, en 1947, l’université perd un adjectif et devient simplement Université de Tokyo. Même si elle n’est plus impériale, occupation américaine oblige, Todai continue d’être la première université nippone, formant la plupart des élites politiques et économiques du pays. Le Campus de Komaba accueille désormais la faculté des sciences, la faculté d’enseignement général et le centre de recherche aérospatiale. Très vaste, plutôt joli avec ses bâtiments de style néogothiques classés au patrimoine et ses espaces verts relaxants, plus jeune j’aurais bien aimé y étudier… Mais à l’époque, je m’étais bêtement fait recaler aux examens de sélection. Nobody’s perfect.

Alors aujourd’hui, c’était un peu la revanche. Des centaines de candidats répartis dans les différentes annexes, des vieux en costard faisant des révisions de dernières minute sous les arbres, des jeunes filles en mini-jupe et talons hauts tapotant sur leur portable, des types en tongues, des retraités en vadrouille… Un spectacle reflétant parfaitement l’hétérogénéité du public intéressé par le secteur de l’immobilier. Une fois assis, le téléphone portable scellé dans une enveloppe kraft et les sujets sur la table, il restait juste à se souvenir de ces quelques centaines de pages de règlements de droit et d’urbanisme. La forme de l’examen, en QCM, aide quand même… 2 heures de grattage de papier plus tard, je retrouvais la lumière du jour. Le temps d’enfourner un big mac et de passer à la civette de Shibuya où j’ai mes habitudes pour faire le plein de D4, je me retrouvais sur les bancs de ma juku, à assister en live avec mes camarades de classe, à la correction vidéo du test.

Bilan des courses: 46 réponses correctes sur 50. Le seuil de réussite se trouvant probablement autour de 37, et même si tout ça reste provisoire puisque les résultats définitifs ne seront communiqués qu’en décembre, je devrais normalement recevoir mes collants jaunes et ma cape de super agent immobilier dans un très proche avenir!!!

Well, well, well… Ne reste donc plus qu’à réfléchir un peu à quoi je vais utiliser ces nouveaux super pouvoirs…

Publié dans Immobilier au Japon, Personnel | 8 Commentaires »

De l’utilisation du patrimoine

Posté par tokyomonamour le 8 octobre 2010

Le château de Himeji est incontestablement le plus beau château du Japon. Authentique, élégant, imposant et accessible en Shinkansen, il cumule tous les avantages du site touristique de premier ordre protégé par la loi sur la protection du patrimoine qui couvre le château et ses annexes, classant les différents bâtiments en degrés d’importance: Trésors nationaux (Koku ho), Patrimoine matériel important (Juyobunkazai) et Sites spéciaux (Tokubetsu shiseki). Le château est actuellement rénovation jusqu’en 2014: « coup de peinture », changement des tuiles et renforcement de la structure parasismique. J’espère donc que vous avez profité de la vue avant ou que vous n’êtes pas pressés.

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Impressionnant, non ?

Même si des efforts ont été fait depuis une vingtaine d’année, la prise de conscience de l’importance du patrimoine se combinant avec la fin de la période de forte croissance, les collectivités japonaise mettent rarement en place une politique d’utilisation dynamique de leur patrimoine. La France, pour une fois, est un modèle et le château de Versailles, tour à tour site touristique (ouvert au public toute l’année), site politique (siège du congrès du parlement français), site d’art moderne (avec pour exemple la récente exposition, tant décriée, de Murakami Takashi…) est une réussite exemplaire dans le genre.
Il y a bien de temps en temps, des expositions modernes dans des temples ou des concerts dans des sanctuaires, les châteaux et jardins sont souvent utilisés comme cadre de films mais tout reste encore au micro niveau… Certes, l’architecture en bois ne favorise pas nécessairement les aménagements du confort moderne, mais imaginez un peu le premier ministre japonais adressant la diète dans l’une des salles du château du Héron blanc! Quelle classe ça aurait!

De la même façon, la plupart des sites enregistrés au patrimoine japonais ne peuvent être utilisés pour des conventions internationales ou des séminaires d’entreprise, ce qui se fait couramment en France dans les nombreux châteaux parsemant le territoire. Il existe néanmoins un système relativement récent de « patrimoine enregistré » (Toroku bunkazai) datant de 1996 permettant aux individus possesseurs de bâtiments à forte valeur patrimonial de les enregistrer auprès de l’Agence de la culture et de recevoir des subventions et des conseils pour réhabiliter leur bien. Ces bâtiments, pour majorité des habitations, des fermettes de campagne (noka) ou des maisons de villes traditionnelles (machiya), peuvent être utilisés librement et transformés en boutiques ou en bureaux si l’on respecte quelques règles de conservation. Le système se répand peu à peu (7800 dossiers en 2010) et devrait poursuivre son extension dans les prochaines années…

La récente sensibilisation des japonais envers leur patrimoine pourrait avoir un impact positif sur les paysages urbains et ruraux et, peut-être aussi, représenter un futur marché immobilier intéressant à explorer.

Publié dans Urbanisme et architecture | 5 Commentaires »

Conversions urbaines: une Ecole primaire convertie en Ecole indienne

Posté par tokyomonamour le 9 septembre 2010

Le Japon vieillit, et il vieillit vite. Le nombre d’enfants de moins de 15 ans ne cesse de décroître depuis 29 ans et ne représente plus que 13% de la population contre 23% pour les plus de 65 ans. Cette tendance de long terme engendre des problèmes sociaux et économiques fondamentaux, les plus importants étant, comme en France, ceux des retraites et du système de sécurité social.

Mais il en est un autre, c’est celui des infrastructures éducatives. Moins d’enfants, donc moins de besoins en professeurs et en établissements scolaires. Certaines écoles sont abandonnées surtout en province, laissées au quatre vents, condamnées à disparaitre à terme sous les herbes folles.
Certaines fusionnent avec celles du département ou de la ville voisine. Un mouvement accentué depuis la loi sur les regroupements des collectivités locales de 2005 (Gappei shinhou), un mouvement historique puisque, depuis la création des collectivités locales au Japon en 1889, leur nombre ne cesse de diminuer, de quelques 71 000 à l’époque à 1 820 aujourd’hui. A la différence de la France, l’intercommunalité est peu utilisé, les collectivités locales préférant généralement la fusion au partenariat.

L’arrondissement de Midori, dans la ville de Yokohama subissait également la baisse de la natalité du département de plein fouet. L’une des écoles de la zone, devant faire face à la baisse des élèves, allait être amené à fusionner avec une école voisine, et les autorités municipales ont décidé, en 2005, de lancer des discussions avec les habitants pour réfléchir à l’avenir de l’établissement. Plusieurs projets de community house et d’espaces de convivialité de quartiers ont été lancé mais ont été finalement écartées au profit d’un autre, bien plus dynamique pour la ville: la reconversion de l’établissement en école internationale proposant des cursus scolaires indiens. En effet, les ingénieurs et les informaticiens des technologies de l’information indiens sont de plus en plus en plus nombreux à travailler dans les entreprises de Yokohama et, pour encourager leur implantation, la ville a décidé de favoriser ce projet en créant la deuxième école internationale indienne, après celle de l’arrondissement d’ Edogawa à Tokyo, et de mettre en place des mesures d’aide à la scolarisation et à l’apprentissage du japonais. L’école à ouvert ses portes en 2008 et accueille tous les cursus scolaires réglementaires appliqués en Inde, du primaire au lycée.

Une immigration contrôlée et sélectionnée, un projet urbain et social de suivi des familles et une réutilisation du patrimoine bâti de la ville dans une approche vivante et constructive… Voilà une politique intelligente qui profite, non seulement aux immigrants, mais aussi aux habitants du quartier et qui contribue à améliorer le statut international de Yokohama. Une relation gagnant-gagnant viable sur le long terme. Le genre de politique qui manque en France.

Publié dans Urbanisme et architecture | 4 Commentaires »

L’immobilier « mobile » : le concept de ichiku

Posté par tokyomonamour le 8 août 2010

Imaginez un promoteur immobilier en visite à Versailles. Il parcourt les grandes allées du palais, flâne le long des canaux et se dit : Que d’espace vide ! Quel gâchis ! Que de dizaines de milliers de m² perdus ! Il va donc voir la mairie, monte un projet immobilier de bureaux, de supermarchés et de logements qui rapporteront des millions d’euros aux collectivités locales… Le ministère de la culture et Matignon se laissent convaincre, le ministère des transports et de l’aménagement du territoire ayant pesé de tout son poids pour la réalisation du projet et, 5 ans plus tard, un magnifique complexe immobilier de tours trône sur les jardins de Le Nôtre… Le palais ??? Non, il n’a pas été détruit, il a été « déplacé » en Auvergne, où la place de manque pas, non loin de Clermont-Ferrand …

Ridicule ? Pas au Japon. Le concept de ichiku (« déplacement architectural » en littéral) est utilisé pour protéger le patrimoine sans affecter le développement économique et le marché immobilier. Cette méthode est utilisée pour les bâtiments emblématiques bien sûr, l’hôtel impérial de Wright, ou la maison de Maekawa Kunio, architecte pionnier du modernisme au Japon, mais aussi pour des bâtiments plus populaires comme des fermes ou des entrepôts traditionnels. Les villes sont donc vidées de leur patrimoine architectural au nom du profit et de la rationalité moderne. Mais ce patrimoine n’est pas détruit, ce qui est un moindre mal. Il est regroupé dans des zones spécifiques dédiées, des sortes de parcs d’attraction historiques, dans lesquels on peut voir, côte à côte des bâtiments d’Edo, de Meiji, de Taisho, dans un joli jardin… A ma connaissance, les deux principaux musées à ciel ouvert sont le Meiji mura dans la préfecture d’Aichi et le Musée d’architecture en plein air de Edo à Tokyo.

C’est une chance de pouvoir admirer ces constructions qui reflètent l’histoire de l’architecture et de l’art du bâti au Japon. Mais posés dans un espace artificiel, taillé sur mesure et hors contexte, c’est-à-dire, hors contexte urbain, ces bâtiments sont morts, la vie les a quittées, ils ne reflètent qu’une information technique, ils ont perdu leur âme.
L’architecture est inséparable de son environnement. Le bâti n’existe et n’a de sens que dans un contexte donné. La culture japonaise, qui n’accorde pas une grande importance au bâti et fait d’ailleurs une distinction fondamentale entre biens culturels matériels et immatériels, n’est pas naturellement sensible à ce lien.

Néanmoins, l’anonymat sans cesse grandissant des métropoles, la perte de repères et la paupérisation se combinent étrangement pour créer un changement dans les mentalités. La crise économique a par exemple lancé sérieusement le marché de l’immobilier ancien en 2008, qui jusqu’à maintenant était resté confidentiel, et les mots de rénovation, mise aux normes et conversion circulent de plus en plus dans les médias avec la bénédiction du gouvernement qui tente récemment, et à l’encontre de toutes les politiques favorables à la construction menées depuis l’après guerre, d’encourager le mouvement.
Cette reconsidération de l’immobilier ancien aura sûrement des conséquences à moyen et long terme sur la vision du rôle du bâti dans l’espace, de sa durabilité et de son lien organique avec son environnement… Du moins faut-il l’espérer pour les futurs citadins de Tokyo et d’ailleurs…

Publié dans Urbanisme et architecture | Pas de Commentaires »

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