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Internationalisation du Japon in progress

Posté par tokyomonamour le 26 janvier 2011

Petite brève en passant.

Le Groupe Sony (PS3, Walkman mais aussi services bancaires, assurance vie, cinéma etc… Bref, un bon vieux zaibatsu à la sauce locale) a annoncé le 20 janvier dernier qu’il avait l’intention de porter le pourcentage d’étrangers dans ses recrutements annuels de jeunes diplômés au Japon à 30% d’ici 2013. En 2011, le pourcentage tournera autour de 14%, cela signifie donc un doublement des quotas. Principales cibles, les asiatiques et les indiens des filières scientifiques, domaine en perte de vitesse au Japon.
Au programme: Recrutement en anglais dans un premier temps, puis stage au Japon et apprentissage de la langue des bushis.

Sony choisit donc l’Internationalisation par l’intégration. Une décision qui balise le chemin pour les entreprises nippones ayant pris du retard dans l’internationalisation de leurs ressources humaines dans l’archipel… Comme j’en avais précédemment parlé, c’est là un signe qui ne trompe pas. Les grands groupes japonais ouvrent progressivement leurs postes aux immigrés qualifiés au coeur même des sièges sociaux et plus seulement dans leurs filiales à l’étranger. Entre le Sakoku de Tokugawa et le Yokoso Japan de Koizumi, c’est le second qui prend clairement la tête…

Publié dans Société | 6 Commentaires »

Quand les étrangers sauveront le marché de l’immobilier locatif nippon

Posté par tokyomonamour le 7 septembre 2010

L’arrondissement de Shinjuku a la plus forte population étrangère de la capitale. 35 000 étrangers enregistrés pour 280 000 japonais selon les chiffres de la mairie (densité de 17 500 hab/m2 sur 18 km2). Le quartier d’ Okubo au nord de la gare de Shinjuku sur la Yamate line, abrite le quartier coréen le plus important de Tokyo (et le deuxième du Japon derrière celui d’Osaka), les étrangers travaillant dans les bars et les clubs de Kabiki-cho, le quartier nocturne et populaire le plus actif de la métropole, y trouvent généralement refuge. Selon un agent immobilier du secteur, 80% des personnes en recherche d’un logement locatif sont des étrangers.
shinjuku.png
L’arrondissement de Shinjuku dans la métropole

Il y a encore 10 ans, les agents immobiliers annonçaient pourtant clairement la couleur : « Pas d’étrangers » (on m’a fait le coup une fois ou deux, c’est très désagréable…).
Même quand vous aviez les conditions nécessaires, un visa, un salaire stable, un niveau linguistique satisfaisant, on vous demandait quand même, soit de prendre une société de garanti de loyer en plus d’un japonais caution solidaire, soit de trouver un japonais qui voudra bien faire office de prête-nom et signer le contrat à votre place. Si vous vouliez vous loger en couple et que vous n’étiez pas marié, les problèmes se cumulaient… Les propriétaires terriens locaux ont encore une morale conservatrice forte et ils refusent généralement les couples en concubinage. Il vous faudra peut-être ruser en disant que vous êtes fillançé (la morale conservatrice peut jouer en votre faveur, les fiançailles signifiant encore quelques choses pour gens du passé)…

Mais les choses changent. Depuis 2005, la population japonaise diminue. Elle diminue malgré l’augmentation extrêmement rapide du nombre d’étrangers dans le pays (de 1,5 millions en 1999 à 2,2 millions en 2009) ce qui veut dire que le pourcentage d’immigrés augmente d’années en années. Et même si le nombre de foyers continue d’augmenter à Tokyo et dans sa région (éclatement des familles, donc plus de célibataires, donc plus de besoins de logements), il est de plus en plus difficile de trouver rapidement des locataires, surtout quand les biens sont anciens, construits en bois, et se trouvent dans des quartiers populaires délaissés par les jeunes générations.

Les propriétaires font donc contre mauvaise fortune bon cœur et s’adaptent. Désormais, les étrangers sont de plus en plus considérés comme des clients comme les autres, du moins s’ils sont solvables. Le marché s’adapte à l’augmentation de la population immigrée, les propriétaires espèrent remplir leurs appartements (apa-to, des appartements en bois ou en structures légères bon marché) qui ne sont plus aux normes de confort des japonais modernes, avec des immigrés asiatiques.

A la différence de la France, les « HLM » n’accueillent que des gens solvables. Il n’y a pas de seuils de revenu maximum, au contraire, les organismes de logements publics japonais imposent un revenu minimum et jouent l’égalité. C’est donc le secteur privé qui accueille cet afflux massif de nouveaux locataires.
Infos complémentaires: l’organisme semi-public UR présenté ici fonctionne sur ce système mais il existe également des HLM gérés par la métropole qui eux, imposent des revenus maximums aux entrants.

Le marché se régule, les loyers baissent, des sociétés de caution spécialisées bon marché apparaissent, la morale conservatrice des propriétaires tombe peu à peu face à la nécessité de rentabiliser leurs logements et le gouvernement ne transforme pas les organismes de logement publics en boîte à ghettos…
Il est bien plus facile pour un étranger de se loger maintenant en 2010 à Tokyo que ça ne l’était encore en 2000. Ce n’est pas parfait, mais on est globalement sur la bonne voie.

Publié dans Immobilier au Japon, Logement | Pas de Commentaires »

La France perd son statut de grande puissance « pâtissière »

Posté par tokyomonamour le 25 août 2010

Les clichés sont le lot commun des peuples envers les autres peuples. Quelques mots concentrent rapidement et pratiquement (trop, bien sûr) les quelques notions que l’on peut avoir glanées de ci, de là, sur tel ou tel pays.
Quand ont dit « Japon », les occidentaux moyens penseront sûrement « geishas, samouraïs, technologie de pointe et tremblements de terre … ». Pour les japonais, le champ lexical de la France pourrait être le suivant : « cuisine, pâtisserie, produits de luxe et culture ».
Ces raccourcis, pas toujours très précis, sont néanmoins bien utiles pour stocker des connaissances un peu brouillon. Ils sont également révélateurs de la conscience collective d’un peuple, subjective bien entendu, à l’égard d’un autre.

Lorsqu’il y a intégration d’un partie d’une autre culture, sa qualité « étrangère » baisse avec le temps. C’est ce qui s’est passé pour le Judo par exemple : un sport d’origine et d’esprit japonais, qui s’est peu à peu internationalisé pour perdre sa connotation nippone. Le professeur de Judo japonais, qui était tel Dieu descendant sur les terres de Gaulle auparavant, a été remplacé désormais par un professeur français, ou américain ou allemand, moins exotique, mais qui gagne autant de compétitions internationales.

Ce qui s’est passé pour le Judo en France est en train de se passer au Japon pour la pâtisserie. J’effectuais l’autre jour une mission d’interprétariat pour une société française du secteur de la pâtisserie, dont le représentant passait au Japon pour visiter ses importateurs. Lors que celui-ci a proposé de faire un peu d’événementiel en invitant un pâtissier célèbre français pour faire une démonstration, les japonais lui ont dit, de façon abrupte, que c’était inutile. Que cela couterait cher et qu’il y avait d’excellents pâtissiers japonais qui pourraient parfaitement faire l’affaire. Le représentant français, diplomate, pris plutôt bien la chose, mais la question n’est pas là.

Le pâtissier français, comme le cuisiner français d’ailleurs, bénéficiait jusque là d’un statut, d’une aura qui dépassait souvent la nature de ses compétences. Cette aura est en train de s’estomper peu à peu. Elle ne disparaitra pas tout de suite : les jeunes pâtissiers et cuisiniers japonais faisant leurs stages à Lyon ou à Strasbourg pour se perfectionner sont encore très nombreux. Mais il est clair que l’augmentation du nombre de japonais et d’asiatiques gagnant les concours internationaux et la baisse relative du niveau français (je dis relative par rapport à la montée des autres pays ayant intégrer notre culture culinaire) est la preuve que la France est en train de perdre son statut international de soft power culinaire (qui est je le rappelle, est un élément important de puissance indirecte… Le secteur de la restauration étant souvent un vecteur économiques très importants pour les immigrants notamment).
Qui pense à l’origine du Golf, ou du football ? Les éléments culturels évidents, et les intérêts indirects, qu’en retirait le Royaume-Uni ont disparu depuis bien longtemps. Le même phénomène se produit au Japon actuellement pour la France.

Viendra le temps où japonais et chinois dégusteront une tarte tatin ou un gâteau poire amandine en se disant « c’est bon ce truc là, ça vient d’Europe, c’est ça ? »…

Publié dans Politique | Pas de Commentaires »

 

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