Takamatsu: Décadence à 3,5 Naoshima: Revitalisation réussie

Posté par tokyomonamour le 4 octobre 2010

Petit rappel de l’ « Echelle empirique de décadence urbaine des villes moyennes au Japon ».

1. Le nombre de personnages âgées dans les rues.
Les vieux, ça consomme mais ça ne produit pas. Leur nombre est l’indice le plus sûr de repérage avancé de déclin urbain.
2. Le nombre de panneaux à louer
Dans un marché immobilier dynamique, dans une ville qui attire des actifs, les panneaux à louer à vendre n’existent pas. On a pas le temps de les poser que déjà les locataires se pressent au portillon.
3. Le nombre de parkings extérieurs en centre ville
Un immeuble, ça coute cher en entretien et en impôts fonciers. Si il n’y a pas de locataires, mieux vaut détruire le bâti pour en réduire les frais et transformer le terrain en parkings. Ça ne rapporte pas beaucoup mais ça permet de ne pas être en trou.
4. Le nombre de bâtiments abandonnés
Les propriétaires n’ayant même plus les ressources financières nécessaires pour détruire leur immeuble et convertir le terrain en parking, le laisse tomber en ruine. Des quartiers entiers se transforment en ville fantôme façon Détroit.
5 et plus. La ville perd le peu de substance urbaine qu’il lui restait et devient peu à peu, une authentique ghost town

Comme j’avais une nuit de transit à Takamatsu sur mon voyage vers Naoshima, j’ai profité pour faire une promenade urbaine de mon goût et établir une grille de décadence du lieu. Takamatsu (419 000 habitants, une population en hausse mais dont le taux de croissance ne cesse de décroître depuis 1985. Devrait se stabiliser avant de se réduire dans les prochaines années) est une ville industrielle au littoral bordé de nombreux hangars qui, avec le recul industriel progressif de l’archipel et la concentration des secteurs manufacturiers à haute valeur ajoutée dans la région du Tokai commencent à être peu à peu abandonnés ou convertis (en magasins jeunes ou en cafés). On trouve donc de vastes terrains ou bâtiments à quelques pas du port et de la gare, abandonnés ou en passe de l’être.

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La rue commerciale principale de la ville est surprenante, alternant magasins Chanel et Hermès avec des terrains vagues et des magasins fermées aux rideaux rouillés par les sels marins. Le phénomène de bipolarisation des classes sociales, riches et pauvres, entraîne la disparition progressive des magasins médians au profit des deux extrêmes qui finissent par se côtoyer en centre ville… Une structure urbaine assez inattendue issue de la paupérisation du pays mais sûrement temporaire en attendant une réelle réorganisation de l’espace en accord avec les nouvelles tendances démographiques et économiques qui se mettent en place.

Takamatsu à donc déjà un pied dans le niveau 4 même si elle fait tout pour ne pas s’y laisser happer (Participation au festival de Seto, Avantages fiscaux pour attirer les investisseurs, Chanel et Vuitton en tête je suppose etc.). A mon avis, c’est pas gagner… Contrairement à l’île voisine de Naoshima qui elle, est sur les rails de la revitalisation. Car comme je l’avais écrit dans un article la semaine dernière, Naoshima est effectivement en train de se « balnéairiser ». La puissance financière de Benesse et sa stratégie d’englobement des résidents îliens paye. En effet, l’entreprise fournit, avec la municipalité, des aides à tous les habitants qui souhaitent embellir leur maison et la rendre plus « traditionnelle ». Dans la plupart des cas, il s’agit juste de quelques planches de bois noircies au charbon sur des parpaings mais l’effet est remarquable. Les maisons ainsi maquillées se cachent parmi les vraies et authentiques maisons traditionnelles et il est impossible de les reconnaître lors d’une ballade touristique basique.

Il y a aussi pas mal de constructions neuves sur l’île, résidences secondaires ou habitations principales de locaux dont les revenus ont augmenté grâce à l’afflux de tokyoites en quête de nature et d’art moderne. Tout en profitant de ces embellissements, les indigènes reconvertissent de plus en plus leur résidence en café ou en magasin de souvenir pour profiter de la manne touristique, mais sans excès… Benesse veille. Naoshima, qui était encore une île parmi d’autre, perdue dans la mer de Seto, en proie à la dépopulation et au vieillissement, a su, sous la houlette d’une entreprise dotée d’une vision stratégique de long terme et en dépit de l’administration publique locale qui ne voyait pas d’un bon l’oeil l’arrivée de cette multinationale, se revitaliser, retrouver une valeur économique et acquérir une nouvelle identité régionale. Un succès donc… Mais au service de qui?

Avant de quitter l’hôtel Benesse, j’ai passé la tête derrière le comptoir pour y voir le registre de réservations. A côté des noms de chaque client, il y avait la rubrique « adresse ». La colonne de la double page de l’énorme registre était remplies des mêmes kanji qui se répétaient tout du long : Tokyo, Tokyo,Tokyo, Tokyo, Tokyo, Tokyo, Tokyo, Tokyo…

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Le patrimoine des japonais

Posté par tokyomonamour le 30 septembre 2010

L’assureur allemand Allianz vient de publier une étude concernant le patrimoine financier (hors immobilier) des habitants d’un vaste panel de pays.
Suisses en tête avec 163 000 euros, les japonais sont loin derrière en 5ème position à 88 000 et les français en 12ème position à 61 000. Naturellement méfiant, je doutais de ces chiffres balancés sur le Web sans aucune analyses sérieuses.

Néanmoins, après confirmation sur le site de l’agence des statistiques, le chiffre reste plausible puisque l’on a, pour 2009, un patrimoine financier moyen (toujours hors immo) à 16 millions de yens (160 000 euros), et médian à 9,8 millions. Depuis 2005, où on avait des stats à 17, 2 millions (10,2 millions en médian), la baisse est constante. Certes, c’est en baisse mais ça reste pas trop mal me direz vous? En fait non. Pas si on regarde cet autre graphique qui représente la répartition du patrimoine selon l’âge:

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En gris, les plus de 70 ans, en bleu les plus de 60 qui représentent près de 60% de l’ensemble de l’épargne japonaise.

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Le bilan des ménages par tranche d’âge

Source: Garbage news, tiré d’une étude de Nomura research.

Eh oui, plus de 60% de l’épargne entre les mains des plus de 60 ans… Et l’épargne des ménages actifs est d’environ 20% inférieure à celle des ménages totaux, cad, comprenant les retraités. Ici, les chiffres ne parlent que des actifs financiers mais vous imaginez facilement que les actifs immobiliers sont eux-aussi, principalement détenus pas les baby boomers.

Les vieux de la génération Baby boom sont encore dans un système de promotion à l’ancienneté et sont donc les seuls à bénéficier d’augmentations de salaires encore plus ou moins régulières alors que les jeunes freeters, très nombreux depuis la fin des années 90 (35% de la population active), eux, n’ont aucun avancement bien entendu. La richesse se concentre donc dans une population vieillissante, de plus en plus nombreuse certes, mais dont la possession de richesse est complètement déséquilibrée par rapport à la population totale. De plus en plus de biens et de services sont donc développés en ciblant les vrais détenteurs de liquidités: les vieux.

Comment cette situation va se répercuter au niveau politique, ça, c’est un vrai sujet. Un vieux, c’est moins innovant, moins tourné vers l’avenir et donc, plus conservateur. Va t-on sacrifier le système éducatif au profit du système de retraite? Va-t-on orienter les programmes de R&D vers les prestations « grises » (la robotique se développe déjà dans ce sens)? Va-t-on voir un mouvement de rejet des étrangers plus accentué? Un nouveau sakoku social?
Des questions qui touchent toutes les sociétés « dites » industrialisées dont la France bien sûr qui, même en se vantant du taux de fécondité le plus élevé d’Europe, est de la même façon envahit par des vieillards accaparateurs de richesse.

(dépit) Une seule solution… La mise en place d’un date de péremption sur les vieux…

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Festival de seto uchi, snobisme tokyoite et immobilier

Posté par tokyomonamour le 28 septembre 2010

Au centre des Routes commerciales reliant Kyushu, Shikoku et Osaka, la mer de Seto Uchi est parfois appelée la Méditerannée japonaise, toute proportion gardée bien sûr, tant son rôle de communication entre les différentes régions littorales et par extension, leur hinterland était important. Au 20ème, elle fut le centre d’accueil de nombreuses industries de minerais qui en ont extrait les matières premières nécessaires à l’effort de guerre dans un premier temps, puis à la croissance économique par la suite, en abrasant bon nombre des montagnes des îles la parsemant. Aujourd’hui, la région de Seto vit toujours de l’industrie, au niveau de reliquat cependant comparée à son dynamisme passée, de la pêche et de plus en plus, du tourisme…

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Le critère de définition adopté pour la définition d’une île est simple: un bout de terre émergé de plus de 0,1 km de circonférence. Selon cette définition, on compte 727 îles, si on inclut les « gros rochers », on avoisine alors les 3000…

Le festival de Seto Uchi se terminera fin octobre et c’est déjà un succès. Les organisateurs espéraient 300 000 visiteurs, on en est déjà à 400 000 d’après les évaluations du directeur publiées sur le site officiel. Les 7 îles participant au festival appartiennent au département de Kagawa, s’étendant principalement sur l’île de Shikoku, et forment un réseau original dédié à l’art moderne. Tout à commencé en 1992, lorsque l’entreprise Benesse, qui propose des prestations de « vie », éducatives et scolaires notamment (Berlitz) et dont le siège est à Okayama (on en à déjà parlé), sur le littoral de la mer de Seto, lance un programme d’art moderne ambitieux sur l’île de naoshima, avec l’aide de l’architecte Ando Tadao. Peu à peu, musées et hôtels (la particularité du site étant que l’hôtel est dans le musée.. ou inversement…) se construisent, Benesse en profite pour racheter des maisons dans le village proche et les transformer en oeuvre d’art contemporaine. Le projet fait des petits sur l’île de Inujima toute proche sur le site d’une ancienne usine reconvertie et sur celle de Teshima (en projet), le tout ayant abouti à ce premier festival en 2010. Vous y trouverez même un artiste français sponsorisé par Notre Ambassade (allez donc goûter le discours magnifiquement pompeux du plénipotentiaire, c’est un régal).

Je regardais une émission d’art l’autre jour, un dimanche matin (d’habitude je vais à la messe mais là, j’avais décidé de glandouiller bêtement…), dans laquelle le présentateur et ses acolytes parcouraient les îles du festival en glosant sur la magnifique fusion des arts modernes, des paysages naturels préservés et des habitants d’origine toujours présents.
Ces tokyoites, l’air mi condescendants mi admiratifs, m’ont causé un petit coup de nostalgie: j’avais l’impression de voir des parisiens faire un tour dans la campagne polissée d’une province embellie à leur intention.
L’art remplit un vide. Longtemps, il remplit le besoin esthétique des hommes car pendant plusieurs siècles, les belles choses étaient rares… Désormais, l’art tente de combler ce qui nous manque le plus: le sens. Je ne vois décidément dans toutes ces créations modernes que le reflet de la perte de repères des citadins. Moi même, admiratif de ces paysages naturels aménagés du confort et des contrastes de la « modernité », je suis obligé de faire face à ma nature résolument urbaine… Une nature universelle, car le parisien a bien plus de choses en commun avec le tokyoite, malgré toutes les différences de race et de religion, qu’avec le paysan cultivant son lopin de terre au fin fond des volcans d’Auvergne.

Alors l’immobilier dans tout ça? D’abord la région est en baisse démographique structurelle (sur Naoshima, on passe de 5302 habitants en 1980 à 3538 en 2005 and counting). A la différence de la France, le littoral nippon est avant tout une plateforme pour l’industrie et les transports. Il y a peu de zones littorales préservées, les prix des terrains à usage d’habitation n’ont donc jamais été très élevé. En outre, la nature même de la zone, mer de passage, fait que les accidents industriels ont pendant longtemps été un vrai repoussoir. Le procès des habitants de l’île de Shodoshima, dont une partie des terrains étaient utilisée comme zones de déchets industriels, en est un bon exemple. Tous ces éléments ne concourent pas à la hausse des prix de l’immobilier. Mais nous avons notre afflux de tokyoites qui vient changer la donne et l’effet Benesse se fait sentir…

Les prix sont moins chers aux alentours de Takamatsu, la capitale de Kagawa, que sur les ports des zones entourant Naoshima. Ainsi on trouve des maisons à 4,2 millions de yens (42 000 euros, balladez-vous sur le seloger.com local, ils ont un service de géolocalisation très bien fait: Home’s) en banlieue de Takamatsu alors que sur le seul site immobilier de Shodoshima, la plus grande île du projet, on ne trouve pas de terrains nus à moins de 5 millions de yens et que des promoteurs individuels proposent même des maison neuves à bâtir pour 28 millions (Ha, l’appât du gain!).
Un blog sur Naoshima précise que, malgré la baisse de population, les héritiers conservent souvent les biens comme maison secondaire. C’est plausible… Cette « coutume », très répandue chez nous, n’est réservée qu’aux classes le plus aisées au Japon qui se concentrent sur quelques régions alpines principalement, style Karuizawa dans le département de Nagano. La situation perdure encore en ces temps de paupérisation et le cas des îles de cette zone demeurerait globalement une exception dans l’hypothèse où le phénomène serait avéré.
Même s’il faudrait comparer avec les données immobilières des années 2000, et même en considérant la situation particulière d’un marché immobilier îlien extrêmement réduit et donc sujet à forte volatilité au moindre impact extérieur, la situation semble montrer que l’effet Benesse sur le marché immobilier est bien réel.

Cette initiative va-t-elle pour autant enrayer la chute démographique de la région ? Probablement pas. Comme en France et dans ses stations balnéaires pour riches, on aura une forte affluence en été et une ambiance de mort en hiver.
Mais bon, c’est pas ça qui va m’empêcher d’aller passer quelques nuits dans un chambre designée par Tadao ce WE…

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Recentrage

Posté par tokyomonamour le 27 septembre 2010

Le temps qui passe est l’ennemi du blogueur dilettante. Tant de choses à dire, à partager, à apprendre aussi. La véritable différence entre un blog et un journal intime, c’est l’interaction bien sûr, qui multiplie les potentialités, la pertinence des informations et les opportunités en tout genre. Mais chaque seconde passée nous rapproche de la mort, et il faut savoir choisir!

Le Japon, ce n’est pas qu’un pays de plus à expérimenter. C’est un défi envers soi-même, une remise en question de ses connaissances et de son système de valeur. C’est l’apprentissage du relativisme culturel avec tous ses côtés désagréables et agressifs. En apparence, la vie est facile, les habitants sympathiques, le service extraordinaire… Mais dès que vous sortez du cadre socialement admis de votre état, tout change. La période intermédiaire, celle ou vous découvrez cet état de fait, et celle ou vous êtes suffisamment compétent, tant linguistiquement que professionnellement, pour pouvoir dire merde sans complexe d’infériorité, peut être extrêmement difficile. Après, ça va mieux.

M’enfin! Les lamentations c’est bon pour les victimes à tendance paranoïaque. Tout immigré (et je me considère comme tel) doit, à l’égard de son pays d’accueil, faire sienne la devise yankee du Love or Leave it ! L’immigré qui reste dans un pays en le maudissant chaque jour que dieu fait, creuse lui-même la tombe de son malheur. Le monde ne changera pas, même si on lui crache à la gueule tous les matins en se levant.

Certains blogs parlent déjà très bien de ces aspects « société », les bons comme les mauvais, au sens large du Japon (Pour un deep insight dans les entrailles de la vie nipponne, allez voir Drink Cold. Uniquement pour les plus accrochés) et je ne vais pas en rajouter une couche…

Je vais donc recentrer mes articles sur les aspects immobilier, logement et urbanisme au Japon en général, et à Tokyo en particulier.
Bossant actuellement pour obtenir la licence professionnelle de transaction immobilière indigène et constatant le flagrant manque d’informations disponibles en français sur le net, je pense pouvoir apporter ma pierre, ou mon parpaing pour rester dans la thématique, dans ce domaine et partager quelques expériences et informations à « valeur ajoutée ».

Comprendre l’immobilier et l’approche à l’espace d’une société, c’est en comprendre les mécanismes profond de vie et de fonctionnement. C’est à travers cette grille de lecture que présenterai désormais le Japon tel que je le perçois.

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Résultats Sondage

Posté par tokyomonamour le 27 septembre 2010

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Avec 21 suffrages récoltés depuis un mois et un très joli 76%, la question métaphysique qui tourmentait mes nuits est enfin réglée: Le samourai pète les dents au chevalier les baguettes dans le nez ! Merci à ceux qui ont exprimé leur voix par un click référendaire républicain !

Pour ceux qui veulent creuser la question, j’ai retrouvé un vieux forum rôlistique traitant du problème un peu à la rôliste, donc par dessus la jambe, et un autre nettement plus sérieux (autant que le thème puisse l’être du moins) écrit par un professionnel des armes anciennes. Only for the most dedicated fans.

Publié dans Personnel | 4 Commentaires »

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