La danse des salaryman

Posté par tokyomonamour le 15 octobre 2010

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Une petite vidéo détente entre 2 examens blancs…Sudo Genki est un kickboxer/Free fighter assez funky qui évoluait en K1 et Hero’s. Même s’il est retiré des voitures maintenant, il même une carrière artistique originale (autant que son style de combat qui était assez… Extravagant) qui le conduit à écrire, à réaliser des films ou des clips musicaux, comme celui-ci. Moi, ça m’a relaxé. Enjoy.

Perso, j’aime bien les sports de combat et le Japon, c’est un peu le vatican du fist fighting (ne pas confondre avec l’autre). J’ai fait deux ans de kickboxing amateur dans un club à Tokyo et la plupart de mes « camarades de jeu » d’alors étaient des ouvriers du bâtiment. Même si c’est un jugement purement subjectif, j’ai vraiment eu l’impression que la boxe (anglaise et kick) avait les faveurs des maçons et autres charpentiers nippons au détriment des budo. Sûrement le côté rebelle façon Kid’s return, alors que les budo présentent plutôt une image de discipline et de respect de l’ordre établi. Il n’y a pourtant pas plus rigide que le monde de la construction mais on n’est pas à un paradoxe près…

Le monde du BTP japonais est vraiment très particulier, tant au niveau de l’élite (que j’ai aussi fréquenté dans pas mal de missions d’interprétariat) qu’au niveau de la base. Esprit de corporation très fort, avec ses propres règles, ses gars rudes, ses connexions avec la pègre et les politiciens… Bien que chinois et autres philippins commencent à bosser en masse dans les combini et le secteur des services, je n’ai jamais vu un seul étranger portant le pantalon bouffon et les tabis caractéristiques des ouvriers du bâtiment japonais… Trop fermé. C’est un monde qui a sa fierté et ses codes de valeur, parfois frustes, parfois nobles. Les types qui m’ont mis au tapis ont toujours tendu la main.

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Le « Super agent immobilier » japonais

Posté par tokyomonamour le 12 octobre 2010

Le système de notariat français est très particulier. Il est, dans l’ensemble, sûr et fiable. Même s’il entraîne souvent des lourdeurs de procédures et des frais inutiles, il a le mérite de clarifier sans ambiguïté possible la propriété des biens immobiliers et les droits qui s’y rattachent.

Les notaires existent au Japon, mais ils n’ont qu’une fonction d’authentification et de certification des textes, ils ne s’occupent en aucune manière d’immobilier. Dans l’archipel, un peu sur le système anglais de Surveyor ( voir le site du RICS), il existe donc une fonction intermédiaire, sorte de « super agent immobilier », pour assurer cette mission: le Responsable de transactions immobilières ou Takuchi Tatemono Torihiki Shuninsha. Cette fonction est acquise par un diplôme d’Etat, en abrégé le Takken, ouvert à tous, sans contrainte de diplôme ou de nationalité, sur concours. Le responsable immobilier a pour mission de fournir à l’acheteur les informations nécessaires relatives au bien, tant d’un point de vue construction (présence d’amiante, structure parasismique etc.) que d’urbanisme (contraintes de zonage ou zone de catastrophe naturelle) ou de transaction à proprement dite (dommages et intérêts, annulation de contrat, rémunération etc.) avant le contrat final. Dans ses prérogatives figurent également la signature et l’apposition de son sceau sur le contrat de transaction immobilière et, souvent également, l’inscription de la transaction dans les registres du cadastre.

Il s’agit d’un diplôme d’Etat « nécessaire », dans le sens où tout agent immobilier doit engager 1 Responsable pour 5 salariés. 20% des effectifs des agents immobiliers ou des sociétés immobilières sont donc composés de ces Responsables.

Le takken en 2009, c’est 195 515 Candidats, 80% qui se présentent aux examens et 34 918 reçus, soit un taux de réussite de 17,9%. L’examen a lieu une fois par an. Cette année, c’est dimanche prochain.
Ça fait 6 mois que je m’y prépare alors ce WE, y’a pas intérêt à chier dans la colle…

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Quand les morts changent de nom

Posté par tokyomonamour le 9 octobre 2010

Mon récent sujet sur les suicides m’a poussé à creuser un peu les relations entre mort et pognon…
Sur le quai du train que je prends presque chaque jour pour aller au boulot, une grande affiche mise en place par le temple tout proche présente sa pub en caractères énormes: Tombe pour 1,8 Millions de yens!
Ces publicités pour les funérailles vantant avant tout le prix de la prestation m’ont longtemps semblé un poil dérangeante… Puis je m’y suis fait. On se fait à tout, même à la soupe de poulpe cru…

Combien ça vous coûtera de casser votre pipe au pays des 10 000 kamis?

D’abord, et accrochez vous bien, d’après l’association de consommateurs japonaise, il faudra quand même débourser 2,3 millions de yens en moyenne (23 000 euros) pour passer dans l’autre monde. Attention! Pour ce prix là, vous avez tout… Banquet d’adieu, glace et formol pour la veillée funèbre, la crémation, la tombe bien sûr, le plus gros poste de dépense puisqu’il s’agit d’une transaction « immobilière », les frais d’encens, la rémunération du bonze et, last but not the least, le Kaimyo (ou Homyo, Hogo selon les écoles bouddhiques), ou « nom karmique« . Ça, ça pète quand même… Le nom karmique, c’est un nom que le moine local va donner à l’âme du défunt pour lui permettre de grimper les échelons de la grande roue des réincarnations et lui permettre d’atteindre le satori , l’illumination, plus vite que s’il n’avait pas eu le nom en question… On pourrait penser que c’est en faisant une retraite, des bonnes actions ou en méditant pendant 30 jours sur une pierre sans boire ni manger que l’on acquiert un meilleur karma, mais non… Pensez-vous, ce serait trop facile. Donc on paye. Ha… La religion est le meilleur business du monde! On ne vend que des produits dont on ne connaîtra la qualité qu’une fois mort…

Si le système vous fait penser aux indulgences catholiques du Moyen-Age, c’est normal, le principe est peu ou prou le même sauf que là, on paye après être passé de vie à trépas… Le prix du nom karmique peut varier, de quelques dizaines de milliers de yens à quelques millions, le prix médian semblant tourner entre 300 000 et 500 000 yens (3000 et 5000 euros).

Alors, combien seriez-vous prêt à payer pour assurer à votre âme sa place au nirvana?

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De l’utilisation du patrimoine

Posté par tokyomonamour le 8 octobre 2010

Le château de Himeji est incontestablement le plus beau château du Japon. Authentique, élégant, imposant et accessible en Shinkansen, il cumule tous les avantages du site touristique de premier ordre protégé par la loi sur la protection du patrimoine qui couvre le château et ses annexes, classant les différents bâtiments en degrés d’importance: Trésors nationaux (Koku ho), Patrimoine matériel important (Juyobunkazai) et Sites spéciaux (Tokubetsu shiseki). Le château est actuellement rénovation jusqu’en 2014: « coup de peinture », changement des tuiles et renforcement de la structure parasismique. J’espère donc que vous avez profité de la vue avant ou que vous n’êtes pas pressés.

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Impressionnant, non ?

Même si des efforts ont été fait depuis une vingtaine d’année, la prise de conscience de l’importance du patrimoine se combinant avec la fin de la période de forte croissance, les collectivités japonaise mettent rarement en place une politique d’utilisation dynamique de leur patrimoine. La France, pour une fois, est un modèle et le château de Versailles, tour à tour site touristique (ouvert au public toute l’année), site politique (siège du congrès du parlement français), site d’art moderne (avec pour exemple la récente exposition, tant décriée, de Murakami Takashi…) est une réussite exemplaire dans le genre.
Il y a bien de temps en temps, des expositions modernes dans des temples ou des concerts dans des sanctuaires, les châteaux et jardins sont souvent utilisés comme cadre de films mais tout reste encore au micro niveau… Certes, l’architecture en bois ne favorise pas nécessairement les aménagements du confort moderne, mais imaginez un peu le premier ministre japonais adressant la diète dans l’une des salles du château du Héron blanc! Quelle classe ça aurait!

De la même façon, la plupart des sites enregistrés au patrimoine japonais ne peuvent être utilisés pour des conventions internationales ou des séminaires d’entreprise, ce qui se fait couramment en France dans les nombreux châteaux parsemant le territoire. Il existe néanmoins un système relativement récent de « patrimoine enregistré » (Toroku bunkazai) datant de 1996 permettant aux individus possesseurs de bâtiments à forte valeur patrimonial de les enregistrer auprès de l’Agence de la culture et de recevoir des subventions et des conseils pour réhabiliter leur bien. Ces bâtiments, pour majorité des habitations, des fermettes de campagne (noka) ou des maisons de villes traditionnelles (machiya), peuvent être utilisés librement et transformés en boutiques ou en bureaux si l’on respecte quelques règles de conservation. Le système se répand peu à peu (7800 dossiers en 2010) et devrait poursuivre son extension dans les prochaines années…

La récente sensibilisation des japonais envers leur patrimoine pourrait avoir un impact positif sur les paysages urbains et ruraux et, peut-être aussi, représenter un futur marché immobilier intéressant à explorer.

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Quand les morts doivent payer le nettoyage… Suicide et immobilier

Posté par tokyomonamour le 6 octobre 2010

C’est connu, le Japon a un des taux de suicide les plus élevés au monde, en 9ème position selon l’OMS, derrière des pays d’Europe de l’est, Belarus en tête (à croire que vivre dans un pays pauvre, en dictature et avec un climat de merde donne pas envie de vivre…) , le Sri Lanka ou la Guyenne. Avec 31 000 suicides par an, un niveau à peu près stable stable depuis les années 2000, le Japon a donc proportionnellement plus de suicides que la France, qui tourne aux alentours de 11 000 par an.

Maintenant, quel rapport peut bien avoir ce phénomène social avec le marché immobilier?… Il se trouve que l’association nationale des familles des personnes suicidées a décidé de présenter prochainement une demande au Ministère des affaires intérieures et de la communication pour que celui-ci propose un projet de loi visant à protéger les héritiers de personnes suicidées des attaques des propriétaires des biens locatifs dans lesquels l’acte a eut lieu.

En effet, un bien « souillé » par un suicide perd immédiatement une grande partie de sa valeur locative, voir la totalité quand, dans les provinces, il est impossible de le relouer car tous les habitants du quartier font courir le bruit de la sinistre affaire. Certains propriétaires bailleurs profitent du désarroi des familles et demandent donc aux héritiers des dommages et intérêts pour la perte de valeur locative (sous forme de frais de « nettoyage » souvent…) qui peut parfois s’élever à plusieurs dizaines de millions de yens alors que d’autres incluraient même une clause de bail supplémentaire précisant que tout suicide entraînerait un dédommagement financier!

En 2008, dans le département de Kanagawa, un propriétaire à demandé 5 millions de yens à la veuve d’un suicidé (l’affaire s’est soldé par un compromis à 2 millions). Dans cet autre cas, dans le département de Miyagi, l’entreprise immobilière à fait irruption lors des funérailles pour menacer les héritiers et les contraindre à payer des dédommagements (ça pue les méthodes yakuzas qui pullulent encore dans le secteur immobilier nippon)… La plupart du temps, ces affaires se règlent à l’amiable mais occasionnellement, le conflit est porté devant les tribunaux.

Le site de prévention des suicides de Miyazaki présente le cas d’une décision du tribunal de Sendai ayant condamné, en mars 2010, le veuf d’une suicidée à payer 2 millions de yens car le suicide aurait causé une baisse estimée de 10% « de la valeur du terrain » et obligé le propriétaire à effectuer une opération de démolition-reconstruction pour « laver » la souillure occasionnée.

C’est vrai qu’un suicide, c’est une mauvaise nouvelle pour le loueur. Les japonais sont des gens très superstitieux malgré toute leur technologie et leurs gadgets high tech, et aucun de ceux à qui j’ai demandé ne voudrait habiter un de ces appartement même contre un bon rabais… Mais quand même, cette décision de justice fait froid dans le dos…

Jusqu’à quel point peut-on demander aux survivants de porter la responsabilité des morts? Le Japon est certes l’un des foyers du consumérisme individuel le plus débridé mais il conserve toujours, dans son système social et juridique, la prépondérance des liens familiaux sur les individus isolés. Si vous décidez d’en finir avec la vie, faites-le donc au fond des bois, vos héritiers vous remercieront…

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