Vidéos volées

Posté par tokyomonamour le 5 novembre 2010

Image de prévisualisation YouTube

Je vous ai parlé de cette affaire de navire de pêche chinois ayant percuté volontairement un navire des gardes côtes japonais. Les vidéos prises côté japonais étaient disponibles mais non ouvertes au public sur décision politique.

He bien, hier, devant la gare de Kawaguchi dans le département de Saitama,  posée sur un banc, on a trouvé une caisse remplie de DVD avec inscrit dessus: « vidéos de l’affaire des Senkaku, le PDJ a une politique déplorable » (je cite de tête). Les vidéos ont été évidemment passé sur You Tube. En voici un extrait.

Ce qui veut dire qu’un ou des fonctionnaires des ministères concernés ont pris leur courage à deux mains et décidé d’agir illégalement et contre la décision du gouvernement en faisant « fuiter » ces vidéos.

Ce genre de comportent est rarissime au Japon et prouve le malaise qui existe chez certains fonctionnaires face à la position de leur pays envers la Chine. Signe précurseur à prendre au sérieux à mon avis…

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Un bail de 999 ans

Posté par tokyomonamour le 4 novembre 2010

En 1858, le Japon signe le traité de Ansei qui ouvre les ports de Hakodate, Kobe, Nagasaki, Niigata et Yokohama aux puissances occidentales du moment. Les occidentaux arrivent alors en masse dans l’archipel accompagnés, selon la stratégie coloniale classique depuis la découverte des Amériques, de groupes de missionnaires. Ces traités inégaux seront révisés en 1899, quand le Japon impérial aura démontré sa puissance militaire à Taiwan et en Corée. Mais les missionnaires eux, restèrent bien sûr…

Et les missionnaires aiment leur confort. On pourrait croire comme ça, que la plupart des soldats de l’évangile partant prêcher en terre étrangère recherchent le martyr de la main des païens, encornés par un taureau, dévorés par un lion, criblés de flèches saucissonés à un arbre… Mais ceux dont nous allons parler aujourd’hui n’étaient pas du genre hard boiled.

Tous ceux qui ont passé un été au Japon connaissent la moiteur pénible de l’été. Transpiration, chemise collante, indolence, perte d’énergie, autant de phénomènes doublement ressentis par les occidentaux, surtout ceux du nord. Le pasteur canadien EH. Jones est le premier évangéliste à s’être installé dans la région du Tohoku en 1884, à Miyagi. Il ouvrira une école de théologie à Sendai en 1886, ancêtre de la faculté du Tohoku. Puis en 1888, un professeur de la mission part chasser dans des terres un peu éloignées et découvre les plages de Takayama. L’air marin, frais et pur du Tohoku, a du le convaincre immédiatement puisqu’il loue des terrains en bordure de plage pour 10 ans (l’anecdote dit qu’il a du utiliser un prête-nom japonais car on ne louait pas aux étrangers… Il y a des choses qui ne changent jamais). Des missionnaires de Sendai se joignent à lui et y construisent des résidences secondaires pour y passer l’été.

Les baux sont renouvelés régulièrement mais en 1905, la guerre Russo-japonaise fait craindre des mouvements anti-occidentaux dans le pays. Nos missionnaires, ainsi que les autres occidentaux qui sont venus s’ajouter sur place, réclament un bail emphytéotique de longue durée. Ils l’obtiendront en 1907 pour presque 1000 ans! Jusqu’en 2906… Et ce pour la modique somme de 1 154 yens.

La Takayama Reclamation Joint Stock Company (Takayama beach company) est alors créée pour gérer les lots. Peu à peu, des terrains sont ajoutés, certains selon les mêmes conditions, d’autres non. En 1942, en pleine Guerre du Pacifique, sur la pression des villageois et des autorités, les terrains sont vendus (pour 60 000 yens) aux autorités, mais ils seront rétrocédés en 1951 sur ordre de l’administration d’occupation américaine qui jugera la vente illégale (c’est toujours fascinant de voir comment, en temps de guerre, le droit est avancé pour justifier les arguments de la force).
L’Evangelical Free Church of America semble administrer une partie du domaine maintenant encore.
On peut réserver certaines résidences qui sont détenues par des particuliers, et les plus avertis des américains semblent toujours profiter de ce lieu de villégiature à l’histoire originale en ce début de 21ème siècle.

Malgré deux guerres mondiales et une suspension de droit de 9 ans, le bail a fêté son premier siècle il y a 3 ans. Validité restante: 896 ans. Je me demande si le contrat ira à son terme…

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La diplomatie la plus bête du monde

Posté par tokyomonamour le 2 novembre 2010

Nom d’un p’tit Kami! Trop, c’est trop! Je n’en peux plus de regarder ces scènes aberrantes sans mot dire!
Le Japon a la diplomatie la plus stupide au monde.

Vous avez sans doutes entendu parler de cette histoire de chalutier chinois qui aurait volontairement embouti un navire de patrouille des gardes côtes? Non? Renseignez-vous. La Chine, pas contente qu’on retienne le capitaine fautif (ou pas, mais là n’est pas le problème) fait donc tout pour emmerder le Japon: Elle retient 3 de ses nationaux sous des pretextes fallacieux, elle menace de réduire ses exportations de terres rares à destination de l’archipel et, dernière en date, elle annule la rencontre que devait avoir lieu entre Kan et Wen jiabao et laisse filer les manifs anti-japonaises sur son territoire.

Entre temps, le Japon s’y met aussi en réclamant la libération du prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo (alors que le Japon et la paix dans le monde, bon…La diplomatie du chéquier n’avait pas grand chose à voir) et en demandant instamment à son allié US, qui s’est empressé de répondre afin de renforcer une influence que son déclin économique était en train d’éroder, d’inclure officiellement les îles Senkaku dans le pacte de défense nippo-américain. Comme ça, c’est fait! Si les chinois viennent débarquer dans les îlots, les marines s’en occuperont! Ouf… Le Japon a faillit avoir peur. Les images vidéos de l’affaire du chalutier ont été présenté à des parlementaires mais pas au public. Pourquoi? Le Japon ne veut pas encourager les sentiments anti-chinois ou il y a quelque chose à cacher. Qu’importe la vérité, le doute suffit (demandez à Saddham) et la non-publication de cette vidéo suffit à rendre Tokyo suspect.

Et il y a deux jours, lors de la fin du sommet à Hanoi, il y a eu la goutte qui a fait déborder le vase (le mien du moins). Le président Coréen, Lee Myung-bak, se met au milieu du japonais et du chinois pour la photo de la réconciliation et là! Ebahissement dans la salle, le PM chinois refuse de serrer la main à kan: il lui tend d’abord son poing, forcé par Lee, puis il retire brusquement son bras avec un regard glacé… Le pauvre Kan est laissé comme un con, un sourire figé face aux caméras.

Mais crénom de nom! Un bushi aurait appelé son chef d’état major, demandé qu’on lui amène son sabre et pourfendu dans le sens de la longueur ce malotru pour réparer l’affront! Sans aller jusque là, cette affaire aurait dû appeler une réponse vigoureuse, qui n’a pas eu lieu… Et pour couronner le tout, hier, Medvedev vient faire un tour dans les Kouriles pour bien dire à la face du Japon que, bah, les territoires du Nord, ils peuvent se les mettre bien profond… Excusez mon vocabulaire peu châtié mais là, pour le coup, la couardise et l’incompétence politique nippone me portent sur les nerfs.

Lorsque j’étais étudiant à l’académie militaire de Yokosuka, me glissant discrètement parmi les capitaines et autres Lieutenants colonels des JSDF, j’avais un professeur très intéressant, ancien ambassadeur du Japon en Iran (un poste qui requiert beaucoup de doigté diplomatique). Il disait sans cesse aux officiers présents: Le Japon n’est pas assez rusé. Il ne comprend pas les subtilités internationales de la politique des nations. Si le Japon veut qu’on lui rende les Kouriles, il faut aussi qu’il demande Sakhaline! Celui qui annonce a la main. Ainsi, la Russie pourra garder la tête haute en rendant les Kouriles et en disant à son peuple que Sakhaline reste territoire russe. Règle de base du commerce. Vous voulez 100, demandez 200 et négociez jusqu’à 100 après. Ça, le Japon ne sait pas faire et il le paye.

Bloody ball shit. Et un de ces quatre, sans prévenir, ils vont péter une durite en beuglant « ça suffit! » et nous refaire le coup de Pearl Harbor… Le gouvernement Meiji avait eu la sagesse d’engager des conseillers militaires et diplomatiques étrangers, anglais, français et américains. Le Japon de 2010 devrait faire de même et engager… des chinois.

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Hikone: Désurbanisation organisée, niveau 3

Posté par tokyomonamour le 1 novembre 2010

Je suis allé à  Hikone ce WE, dans le département de Shiga, sur le lac Biwa. C’est une ville que je suis depuis déjà 4 ans et dans laquelle je me rends une fois tous les trois mois environ. Moitié plaisir, moitié boulot. Dotée d’un château classé trésor national (ils ne sont que 4 au Japon: Himeji, Inuyama, Matsumoto et Hikone) qui attire les foules, d’une bonne position géograhique à  une station de la gare shinkansen de Maibara, entre Nagoya et Kyoto, et de plusieurs entreprises spécialisées dans la niche des valves industrielles, la ville a des atouts indéniables. La population plafonne à 111 000 depuis 2006 et la ville fait face comme partout ailleurs au vieillissement de ses habitants.

shigahikone.gif
Le département a une forme très originale, joliment lové autour du lac Biwa

Afin de limiter la casse, la municipalité a signé en 2009 une convention avec le ministère des affaires intérieures pour encourager la « création d’une zone de peuplement autonome durable » (teiju jiritsuken koso). Une initiative lancée en 2008 par l’Etat pour tenter de stopper l’hémorragie dans les provinces et qui consiste à  fixer une ville centre et à  y regrouper toutes les fonctions nécessaires de vie pour les villages alentours, en créant des transports adéquats pour les personnes âgées et des hôpitaux afin d’éviter que celles-ci fuient vers les villes, mieux équipées en équipements de soins.

Malgré tout ça, la ville a un bon niveau 3 sur mon échelle de décadence. Des vieux partout (c’est normal, on veut qu’ils restent aussi…), des pancartes à  louer tous les 50 m., des terrains vides près de la gare et l’immense tour de 16 étages (pour la région, c’est énorme) en face de la rue principale sur laquelle pendouille le drapeau « model room », appartements disponibles, depuis 3 ans… Les prix restent dans la moyenne des villes de province, équivalents à  Okayama: des studios dispo à  partir de 30 000 par mois (et des 4 pièces dans du quasi neuf près de la gare à  98 000 yens), des maisons anciennes de qualité dispo près de la gare à  partir de 14 000 000 yens, des terrains de 150 m2 constructible à partir de 6 000 000 yens.

Hikone fait partie de la région du Kansai, le berceau du Japon, le fameux Yamato. Dans ces régions historiques, on trouve souvent un réseau de petites villes à  forte personnalité qui survivent à  travers le temps, un peu comme dans notre sud-ouest (Carcassonne, Narbonne, Béziers…). Le maillage de temples, très dense (La ville est aussi connue pour son industrie de fabrication d’autels bouddhiques… Quand on sait combien coûtent les funérailles, on comprend que ça puisse aussi aider à  gérer les fins de mois difficiles), contribue à renforcer les liens communautaires: une des raisons pour laquelle je n’ai sans doute aperçu aucune ruine durant ma ballade. Les terrains vagues sont clairement délimités, nettoyés, les herbes folles taillées. Ces liens communautaires anciens font que les enfants ont plus tendance qu’ailleurs à  rester ou à  revenir par la suite. L’attachement aux racines régionales limite la désurbanisation sauvage et on trouve même des nouveaux lotissements à une dizaine de minutes à pied de la gare ou vers Minami Hikone. La ville procède donc à  une véritable restructuration urbaine: les quartiers autour du château sont classifiés au patrimoine (zone de paysage urbain préservé) et des lotissements créées un peu plus loin pour accueillir les familles qui reviennent ou décident de s’installer.

Hikone, et dans l’ensemble, la région du Kansai, me semble plus apte à  gérer l’immense crise démographique qui s’annonce. Son histoire, sa géographie, ses ressources touristiques potentielles lui laissent quelques armes pour lutter. Non pas que je pense que la guerre contre la dépopulation en province puisse être gagnée en l’état actuel des choses! Non, il n’y a pas de victoire possible avant deux ou trois générations… Mais l’important, c’est de ne pas perdre.

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Tokyo: baisse de population en 2020

Posté par tokyomonamour le 29 octobre 2010

Tokyo reste encore la mégopole la plus peuplée du monde mais plus pour très longtemps.

La capitale continue de croitre d’année en année mais uniquement en vampirisant les autres régions de l’archipel. Si le Japon perd déjà de la population depuis 2005, Tokyo devrait suivre aux alentours de 2015-2020 selon les estimations et décroître après un pic à 35 millions d’habitants.

Le Nikkei d’hier présente une analyse de la banque de Tama sur l’évolution démographique de la région de Tama, cad tout l’ouest de Tokyo se trouvant hors des 23 arrondissements. Avec un pic atteint cet année à 4,07 millions, la région devrait perdre 500 000 habitants d’ici 2035 et la population de plus de 65 ans passer à 1/3 du total. C’est dans cette zone que se trouve Kichijouji notamment, le quartier que j’avais présenté la semaine dernière. L’étude de la banque précise que la ville de Musashino, où se trouve le quartier, sera la moins touchée même si elle subira malgré tout une baisse démographique. Cela veut dire que même les zones urbaines les plus populaires de Tokyo commencent à être touchées par la dépopulation et que les opérations de promotion (tours gratte ciel d’habitations) réalisées dans les arrondissements centraux depuis les années 2000 attirent les nouveaux ménages aux dépens de la périphérie.

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La région de Tama couvrant toutes les villes hors arrondissements de la métropole

Cela veut aussi dire que la vacance immobilière, qui lèpre déjà toutes les villes de province, va peu à peu s’installer à Tokyo dans la prochaine décennie. De nombreuses opportunités devraient se faire jour, avec tous les risques que comportent un investissement en zone de décroissance (il faudra avoir l’oeil averti!).

Le Japon est à la croisée des chemins. Tokyo avait pris le relais de la croissance des provinces décadentes dans les années 1990, mais la capitale s’achemine elle-même peu à peu sur le même chemin.

Les futurs gouvernements devront donc faire face à une question cruciale qui décidera de l’avenir du pays durant le prochain siècle: accepter le déclin et les répercussions qu’il entraînera sur le niveau de vie de tous les japonais, ou ouvrir les frontières à une immigration de peuplement pour enrayer la chute. Pour l’instant, le pays tente le compromis en encourageant le tourisme étranger et les emplois qualifiés spécifiques. Mais cette politique de pis aller ne saurait durer. Bientôt le Japon devra choisir: sakoku ou globalisation.

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