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Conversions urbaines: une Ecole primaire convertie en Ecole indienne

Posté par tokyomonamour le 9 septembre 2010

Le Japon vieillit, et il vieillit vite. Le nombre d’enfants de moins de 15 ans ne cesse de décroître depuis 29 ans et ne représente plus que 13% de la population contre 23% pour les plus de 65 ans. Cette tendance de long terme engendre des problèmes sociaux et économiques fondamentaux, les plus importants étant, comme en France, ceux des retraites et du système de sécurité social.

Mais il en est un autre, c’est celui des infrastructures éducatives. Moins d’enfants, donc moins de besoins en professeurs et en établissements scolaires. Certaines écoles sont abandonnées surtout en province, laissées au quatre vents, condamnées à disparaitre à terme sous les herbes folles.
Certaines fusionnent avec celles du département ou de la ville voisine. Un mouvement accentué depuis la loi sur les regroupements des collectivités locales de 2005 (Gappei shinhou), un mouvement historique puisque, depuis la création des collectivités locales au Japon en 1889, leur nombre ne cesse de diminuer, de quelques 71 000 à l’époque à 1 820 aujourd’hui. A la différence de la France, l’intercommunalité est peu utilisé, les collectivités locales préférant généralement la fusion au partenariat.

L’arrondissement de Midori, dans la ville de Yokohama subissait également la baisse de la natalité du département de plein fouet. L’une des écoles de la zone, devant faire face à la baisse des élèves, allait être amené à fusionner avec une école voisine, et les autorités municipales ont décidé, en 2005, de lancer des discussions avec les habitants pour réfléchir à l’avenir de l’établissement. Plusieurs projets de community house et d’espaces de convivialité de quartiers ont été lancé mais ont été finalement écartées au profit d’un autre, bien plus dynamique pour la ville: la reconversion de l’établissement en école internationale proposant des cursus scolaires indiens. En effet, les ingénieurs et les informaticiens des technologies de l’information indiens sont de plus en plus en plus nombreux à travailler dans les entreprises de Yokohama et, pour encourager leur implantation, la ville a décidé de favoriser ce projet en créant la deuxième école internationale indienne, après celle de l’arrondissement d’ Edogawa à Tokyo, et de mettre en place des mesures d’aide à la scolarisation et à l’apprentissage du japonais. L’école à ouvert ses portes en 2008 et accueille tous les cursus scolaires réglementaires appliqués en Inde, du primaire au lycée.

Une immigration contrôlée et sélectionnée, un projet urbain et social de suivi des familles et une réutilisation du patrimoine bâti de la ville dans une approche vivante et constructive… Voilà une politique intelligente qui profite, non seulement aux immigrants, mais aussi aux habitants du quartier et qui contribue à améliorer le statut international de Yokohama. Une relation gagnant-gagnant viable sur le long terme. Le genre de politique qui manque en France.

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Urbanité et Interdiction de fumer

Posté par tokyomonamour le 3 septembre 2010

Mégots dans les parcs, sur les trottoirs, les terrasses de café et dans les cours des entreprises… Le décret de novembre 2006 sur d’interdiction de fumer dans les lieux publics « fermés et couverts », appliqué aux espaces de convivialité privés autres que le domicile depuis janvier 2008, était clairement une question de santé publique, et pas de propreté urbaine. La question « urbaine » n’a pas eu le droit de citer dans les débats, au contraire même, elle a été complètement ignorée, le nombre de mégots ayant sur la voie publique ayant probablement fortement augmenté depuis et avec eux, les désagréments visuels, le travail supplémentaire des agents de la voirie et peut-être même indirectement, les taxes municipales.

Le Japon a adopté une approche radicalement différente de la question. Tout d’abord le débat ne se fait pas au niveau national mais municipal. Les arrondissements et les villes qui le souhaitent prennent des arrêtés pour limiter les lieux de tabagisme. Mais à la différence de la France, les lieux réglementés ne sont pas en intérieur mais en extérieur, sur l’espace publique. En effet, les autorités publiques se chargent de leur travail, cad réguler l’espace public, et pas plus.

L’approche française est autoritaire et contient en elle les graines d’une dictature des moeurs car elle tente de contrôler les comportements même dans les espaces privés (les espaces de convivialité). Les collectivités locales japonaises règlementent donc les lieux où il est possible de fumer en extérieur en créant des espaces fumeurs dédiés dans la rue et sur certaines places, en général aux alentours des gares. Principales raison : la propreté urbaine tout d’abord et le respect des autres sur l’espace public. Des amendes sont bien sûr imposées aux contrevenants de 5000 à 20 000 yens en général. C’est une politique déjà mise en place dans d’autres métroples asiatiques, l’exemple le plus célèbre et le plus extrême étant Singapour et sa politique d’interdiction du chewing gum.

La conscience de l’espace publique, de la nécessité de le garder propre et du respect des autres est une notion bien plus forte que la peur du gendarme. C’est une philosophie de la vie en communauté intégrée dans le système éducatif.

L’autre jour, je rentrais du boulot, sur les coups de 21h, et je décidais de m’en griller une petite lors de mon changement de ligne à Shibuya. L’espace fumeur, près de la statue de Hachiko était encombré et j’étais crevé, je me suis donc allumé ma clope dans un petit espace libre près de quelques vagabonds qui trainaient là (les mauvaises habitudes ont la vie dure…). Quelle ne fut pas ma surprise de voir des boites de conserve posées sur les rebords des petits murets remplis de mégots ainsi que des sacs poubelles pleins de bouteilles plastique et autres ordures. Je me suis approché d’un vagabond pour lui demander si je pouvais utiliser ces boites comme cendrier et il m’a répondu que c’était lui qui les avait posé ici pour que les fumeurs puissent jeter convenablement leurs mégots et leurs autres ordures. Je me suis demandé s’il ne faisait pas du commerce, genre en les revendant après, mais non il m’a affirmé le contraire en me disant qu’il remettait le tout aux éboueurs le matin.

« Pourquoi? » Lui demandais-je interloqué.
« Des rues propres, c’est plus agréable et puis les éboueurs sont occupés en ce moment » me répondit-il.

Des SDF qui nettoient la voie publique gratuitement et qui proposent des cendriers aux fumeurs en illégalité en considération de la propreté du quartier dans lequel ils vivent…

Venant d’un pays où les grèves des éboueurs provoquent régulièrement des montagnes de déchets dans les rues, avec tous les risques sanitaires que cela comporte, et où les SDF vivent dans des métros souvent vétustes au milieu des ordures et des mégots de leurs usagers, cette conversation m’a fait l’effet d’un petit choc culturel… Ça faisait longtemps que je n’en avais pas eu.

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Tokyo au 22ème siècle

Posté par tokyomonamour le 26 août 2010

L’avenir sera vert… Pas par ce que la conscience écologique des hommes se sera brutalement réveillée ou que, sensibilisés aux discours de prêcheurs de l’apocalypse industrielle, ils auront trouvé le chemin de la rédemption. Non, l’avenir sera vert par ce qu’il n’a pas d’autres choix. Nécessité fait loi.
Derrière les discours de Responsabilité Sociale des multinationales se cachent en fait des préoccupations bien matérielles: économie d’énergie pour réduire les coûts, dons aux ONG pour réduire les charges fiscales et améliorer l’image de la marque, nouvelles technologies « vertes » pour réduire l’utilisation de matières premières de plus en plus rares… Bref, le monde devient écolo par ce qu’il est obligé de l’être.

Cette tendance donne naissance à de nouvelles visions urbaines artistiques. Deux artistes voit la vie en vert pour Tokyo:
Tokyo Genso (Tokyo Chimère) et Green Island.

Le premier est un artiste individuel un peu narcissique, du moins au vue de son blog, mais ayant une vision urbaine de Tokyo extraordinaire. Pour lui, le Tokyo de demain sera vert… Et en ruine. Avenir écologique sombre pour l’humanité qui verra disparaître la civilisation industrielle.
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Reconnaissez-vous le Rainbow Bridge, le kabuki-za et Shibuya?

Pour Green Island, un groupe de créateurs assez positif, à en juger par leur site, le Tokyo Eco de demain offre une image conciliant développement économique et conscience de l’environnement ( Il me semble que le Groupe avait été présenté à Paris lors d’une expo ville eco organisée par EDF en 2010…).
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Roppongi et Akihabara.

Deux visions radicalement opposée du « retour » à une Terre plus naturelle. Le développement économique des sociétés humaines, notamment le développement urbain, a toujours été parcouru par des courants de pensées opposées sur le futur. La science peut-elle tout régler? L’homme peut-il devenir dieu et se libérer des contraintes de son environnement par ses créations technologiques?La croissance est-elle éternelle?

Personnellement, je ne mettrais pas ma main a couper, ni d’un côté ni de l’autre. Qui peut prévoir les aléas de l’histoire? En tant que tokyoite et ayant l’intention de le rester encore quelques temps, j’avoue préferer la vision de Green Island. Mais en tant qu’admirateur de Tyler Durden, je dois dire que la vision de Genso ne manque pas de charme…

In the world I see – you are stalking elk through the damp canyon forests around the ruins of Rockefeller Center. You’ll wear leather clothes that will last you the rest of your life. You’ll climb the wrist-thick kudzu vines that wrap the Sears Tower. And when you look down, you’ll see tiny figures pounding corn, laying strips of venison on the empty car pool lane of some abandoned superhighway.

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Le promoteur, la tour et le faux bâtiment historique

Posté par tokyomonamour le 11 août 2010

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Quel est le point commun de ces trois bâtiments: Le théâtre kabukiza à Ginza construit en 1923, la poste centrale de la gare de Tokyo datant de 1933 et le premier bâtiment de bureau digne de ce nom au Japon, le Mitsubishi 1 go kan édifié dans le quartier de Marunouchi en 1894? Ils ont été préservés? Transformés? Détruits? Un peu des trois à la fois en fait… Pour faire un néologisme je dirais qu’ils ont été « upgradé », et que comme dans tout upgrade, il y des bugs. Ici, c’est l’énorme gratte-ciel juste derrière (cf photos).
Vous avez déjà pu voir à Paris ou ailleurs ces façades Hausmaniennes en plan horizontal façon décors de carton pâte hollywoodien sans rien derrière? C’est de la transformation ou de la conversion. On garde la structure générale et la façade mais on refait tout l’intérieur. En France cependant on garde les proportions générales du bâtiment pour l’harmonie urbaine. A Tokyo, les choses sont différentes puisqu’il suffit de lever les yeux pour voir se dresser une tour monumentale derrière la bâtisse de quelques étages. Un paysage assez courant à New York, me direz-vous, sauf que le bâtiment ici n’est pas l’original. Il est reconstruit de toute pièce, en béton et à l’aide des dernières technologies de construction.

Une mission d’interprétariat m’a mené sur le chantier Mitsubishi il y a deux lors de la construction: tout le bâtiment en brique est en fait construit en béton et acier et repose sur des ressorts anti-sismiques (très impressionnant d’ailleurs comme technologie). Ex. de destruction-reconstruction identique à l’original dans le visuel mais moderne dans la structure et les technologies du bâti.
Pour la poste centrale de Tokyo c’est un peu différent, puisque les promoteurs ont décider de garder la façade telle quelle et de construire derrière. Ex. de façadisme pur et dur.
Quant au Kabukiza, il va être reconstruit « dans l’esprit » de la tradition théâtrale. Ici le bâtiment est euthanasié, il ne revivra pas, même sous une « fausse » apparence. Ex. de destruction-reconstruction moderne inspirée de l’original.

Tokyo cherche des alternatives au « déplacement architectural » et c’est une bonne chose. Il ne faudrait cependant pas que ces pseudo préservations architecturales servent à donner bonne conscience aux responsables urbains et qu’elles soient un prétexte pour détruire les bâtiments authentiques uniquement pour les remplacer par des tours de 50 étages d’un SHON 1000 fois supérieur. Parmi les trois exemples donnés ici, celui du kabukiza me semble encore le plus « vrai » dans sa démarche. On perd certes le bâtiment, mais le projet adopte une approche tournée vers le futur basée sur la transmission des « traditions immatérielles » et ne se fourvoie pas dans la fausse préservation, le chemin le plus souvent adopté par les promoteurs. (Plus rapide, plus séduisant, plus facile est le côté obscur de la Force…).

Tokyo se cherche une identité, entre passé, présent et futur en innovant, souvent sans coordination entre les différents projets et initiatives. Dans ce foisonnement de construction (et dire que la bulle a éclaté. Qu’est-ce que ça devait être dans les années 80!?) une chose seule est certaine. Tokyo n’est pas prête à devenir une ville musée!

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L’immobilier « mobile » : le concept de ichiku

Posté par tokyomonamour le 8 août 2010

Imaginez un promoteur immobilier en visite à Versailles. Il parcourt les grandes allées du palais, flâne le long des canaux et se dit : Que d’espace vide ! Quel gâchis ! Que de dizaines de milliers de m² perdus ! Il va donc voir la mairie, monte un projet immobilier de bureaux, de supermarchés et de logements qui rapporteront des millions d’euros aux collectivités locales… Le ministère de la culture et Matignon se laissent convaincre, le ministère des transports et de l’aménagement du territoire ayant pesé de tout son poids pour la réalisation du projet et, 5 ans plus tard, un magnifique complexe immobilier de tours trône sur les jardins de Le Nôtre… Le palais ??? Non, il n’a pas été détruit, il a été « déplacé » en Auvergne, où la place de manque pas, non loin de Clermont-Ferrand …

Ridicule ? Pas au Japon. Le concept de ichiku (« déplacement architectural » en littéral) est utilisé pour protéger le patrimoine sans affecter le développement économique et le marché immobilier. Cette méthode est utilisée pour les bâtiments emblématiques bien sûr, l’hôtel impérial de Wright, ou la maison de Maekawa Kunio, architecte pionnier du modernisme au Japon, mais aussi pour des bâtiments plus populaires comme des fermes ou des entrepôts traditionnels. Les villes sont donc vidées de leur patrimoine architectural au nom du profit et de la rationalité moderne. Mais ce patrimoine n’est pas détruit, ce qui est un moindre mal. Il est regroupé dans des zones spécifiques dédiées, des sortes de parcs d’attraction historiques, dans lesquels on peut voir, côte à côte des bâtiments d’Edo, de Meiji, de Taisho, dans un joli jardin… A ma connaissance, les deux principaux musées à ciel ouvert sont le Meiji mura dans la préfecture d’Aichi et le Musée d’architecture en plein air de Edo à Tokyo.

C’est une chance de pouvoir admirer ces constructions qui reflètent l’histoire de l’architecture et de l’art du bâti au Japon. Mais posés dans un espace artificiel, taillé sur mesure et hors contexte, c’est-à-dire, hors contexte urbain, ces bâtiments sont morts, la vie les a quittées, ils ne reflètent qu’une information technique, ils ont perdu leur âme.
L’architecture est inséparable de son environnement. Le bâti n’existe et n’a de sens que dans un contexte donné. La culture japonaise, qui n’accorde pas une grande importance au bâti et fait d’ailleurs une distinction fondamentale entre biens culturels matériels et immatériels, n’est pas naturellement sensible à ce lien.

Néanmoins, l’anonymat sans cesse grandissant des métropoles, la perte de repères et la paupérisation se combinent étrangement pour créer un changement dans les mentalités. La crise économique a par exemple lancé sérieusement le marché de l’immobilier ancien en 2008, qui jusqu’à maintenant était resté confidentiel, et les mots de rénovation, mise aux normes et conversion circulent de plus en plus dans les médias avec la bénédiction du gouvernement qui tente récemment, et à l’encontre de toutes les politiques favorables à la construction menées depuis l’après guerre, d’encourager le mouvement.
Cette reconsidération de l’immobilier ancien aura sûrement des conséquences à moyen et long terme sur la vision du rôle du bâti dans l’espace, de sa durabilité et de son lien organique avec son environnement… Du moins faut-il l’espérer pour les futurs citadins de Tokyo et d’ailleurs…

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