Travail, sexe et statistiques

Posté par tokyomonamour le 19 août 2010

Selon l’enquête Durex 2008, les japonais seraient parmi les moins actifs et les moins satisfaits au niveau des rapports sexuels. A l’inverse, les Français et leurs cousins du sud, Grêce en tête, seraient les plus actifs et les plus satisfaits dans ce domaine.
Certains voudraient voir là une raison culturelle: la passion latine, la culture romantique et un libertinage fortement ancré dans l’histoire (du moins chez nous autres français) seraient à l’origine de notre propension au sexe. A l’inverse, la rigueur japonaise, leur sens moral et familial conservateur etc…

Je voudrais mettre les résultats de l’enquête Durex, louée soit la compagnie pour tous les services rendus, en référence avec une autre statistique, celles du nombre de jours de congés payés annuels par pays.

Nombre de jours de congé moyens légaux annuels: France 30 jours, Grêce 25 jours. Japon bon dernier… 10 jours (soit deux semaines par an).

Le nombre de jours fériés réellement pris. France en tête avec 89%, Japon bon dernier toujours avec 33%.

Non seulement les japonais ont peu de vacances mais en plus, ce sont ceux qui en prennent le moins! Voilà maintenant plus de 3 ans que je suis en plein temps, avec horaires de travail à la norme japonaise et ben, je peux vous dire que je commence à rentrer dans les statistiques locales…
Bref, si les japonais copulent moins, c’est peut-être par ce qu’ils travaillent trop et ne se reposent pas assez.

Si les facteurs culturels sont certes importants pour apprécier une situation d’un point de vue relatif, les facteurs économiques sont eux, toujours nécessaires pour apprécier cette même situation d’un point de vue plus objectif et universel. Seule la combinaison de ces deux approches permet d’avoir une bonne connaissance de son milieu. C’est valable au Japon, comme ailleurs.

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No pain, No gain : Gambarimasu !

Posté par tokyomonamour le 3 août 2010

Le verbe gambaru, se compose de deux caractères, ou racines: Katakuna(ni) et Haru. Le premier signifie « obstinément », le second « tendre ». On pourrait traduire ça par « bander quelque chose à fond » (comme bander un arc, pas l’autre évidemment…). Le verbe traduit la volonté du locuteur de mettre toute ses forces dans la concrétisation d’une action, ou dans la réalisation d’un objectif. Le « Gambarimasu ! » de base est utilisé à toutes les sauces et dans toutes les situations. Un élève en train de préparer ses exams : « Gambarimasu ! », un commercial cherchant à faire son chiffre : « Gambarimasu ! », un judoka s’entrainant pour un randori : « Gambarimasu ! », un politicien en campagne pour les prochaines élections : « Gambarimasu ! » …

Derrière se vocable courant et pratique d’usage se cache néanmoins une vraie philosophie sociale. Celle de la reconnaissance de l’effort plus que de la reconnaissance du résultat. Attention, le résultat est important au Japon ! Un samourai qui faillit à sa mission est obligé de s’ouvrir le bide pour réparer ses torts… Mais la vraie différence, c’est qu’on ne va pas cracher sur son cadavre. On dira peut-être de lui, avec un regard bienveillant, « gambatta noni… » et on ira encenser son abnégation auprès de sa famille. Vous comprenez mieux pourquoi les japonais étaient prêts à se battre jusqu’à la fin lors de la seconde guerre mondiale, même après la bataille d’Okinawa et même après Hiroshima (par ce qu’ils ne sont décidés à se rendre qu’après la deuxième bombe nucléaire, ne l’oublions pas !!! Si c’est pas de l’entêtement?!).

Ce sens de l’effort qui est passé dans la culture populaire à l’époque d’Edo, est maintenant toujours bien implanté dans la pensée de chacun. Ma femme me disait encore l’autre jour (ça fait un peu Colombo comme expression ça…) « gambatte iru anata ga suki »… Alors que de l’autre côté, elle n’en peut plus d’inquiétude de me voir changer de voie professionnelle… Paradoxal. Comme cette association de mot, Noblesse et Echec (« La noblesse de l’échec » de Ivan Morris aux éd. Gallimard. Le meilleur essai sur le sujet jamais écrit), deux mots opposés pour nous, souvent imbriqués au Japon.

Mais pour bénéficier de la reconnaissance sociale que ce vocable doit vous conférer, il faut en chier… Par ce que ce qui est facile à faire, n’est pas du gambaru… Nostalgiques de la morale judéo-chrétienne, vous allez aimer cet aspect de la culture nippone…

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Temps partiel et conservatisme social

Posté par tokyomonamour le 21 juillet 2010

Well, well, well…

Après négociations et discussions assez franches avec ma patronne (japonaise je le rappelle) sur l’ambiance dans la boite, la situation de trésorerie et mes envies de nouveaux horizons (l’architecture et l’urbanisme ! J’y reviendrai prochainement…), j’ai obtenu un passage à mi-temps à partir du mois prochain. Un 20 heures par semaine qui devrait me laisser le temps de… prendre mon temps notamment, mais aussi de reprendre des études et de redécouvrir un peu le monde.

J’annonce la nouvelle à ma femme quelques jours plus tard et elle prend la chose avec un sourire un peu forcé, certes, mais soutenant clairement mon choix au vu du récent stress professionnel auquel je réagissais de moins en moins bien, ce qui se répercutait bien évidemment sur notre vie de couple… Barre à tribord toute voile dehors ! Me dis-je alors…

Mais voilà que le week end dernier, alors que nous planifions notre voyage chez ses parents pour la fête traditionnelle du Obon (La Toussaint locale), elle me demande, un peu gênée, de ne pas parler de mon passage à temps partiel à ses parents. Raison : elle ne veut pas les inquiéter… Forcement, je le prends mal, genre, « t’as honte de ce que je fais, t’as honte de moi, pourquoi tu n’assumes pas ce que je suis, mes choix et mon style de vie ? »… J’avoue avoir été un peu insistant alors qu’elle ne pensait sûrement qu’à ménager sa maman un poil conservatrice, déjà passablement inquiète par le fait de voir sa fille se marier à un français risquant de l’emmener à l’autre bout du monde dans un futur proche. Mais que voulez-vous ? J’ai l’égo un peu sensible…

Tout ça pour dire que l’importance de la position professionnelle de l’individu dans la société nippone est sans commune mesure plus importante que chez nous, tant au niveau de la famille, comme je l’ai expérimenté, qu’au niveau des médias. Par exemple, de récentes inondations ont récemment fait 9 morts dans l’ouest du pays. La présentation des victimes commencent toujours par le métier de celle-ci. Kaisha-in no … M. Yamada, salarié en entreprise, décédé lors de l’inondation… Cette importance du métier dans la vie sociale était également prépondérante en France avant l’effondrement du plein emploi, dans les années 70, et l’est encore bien sûr dans de nombreux secteurs de la société, mais il a été considérablement tempéré par une population de chômeurs maintenue à plus 10% (de fait, 20% ou plus je suppose…) pendant maintenant près de 30 ans, soit une génération et demie déjà ! Les enfants de la crise ont appris, par la force des choses, à modérer les valeurs conservatrices, le travail, la famille, la patrie (qui sont de fait avec quelques variantes, les valeurs de base de tout pays en plein essor). Le Japon prend, pour le meilleur et pour le pire, le chemin de la France et des autres pays industrialisés : celui de la décadence, ce qui est inévitable. Toute chose atteignant un sommet doit en descendre à un moment ou à un autre. La décadence économique engendre une décadence des valeurs sociales et/ou morales : augmentation des divorces, de la criminalité etc.

Cependant, le Japon a su retarder son point de chute qui se situe dans son cas, dans les années 90, avec l’éclatement de la bulle immobilière. Coexistent donc diverses tendances opposées fortes : le conservatisme traditionnel, toujours prédominant mais de plus en plus faible et les modes de vie alternatifs, dont certains sont proches de ceux que l’on trouve en France, d’autres propres à la culture nippone. La situation actuelle est en fait assez proche de la France de la fin des années 70 et du début des années 80, sans les mouvements politiques ou idéalistes procommunistes (la jeunesse nippone n’est pas engagée).

Etant moi-même un enfant de la crise ayant appris à relativiser les valeurs sociales établies, je souhaite encourager ma femme à comprendre et à adopter ces visions alternatives du monde… Ce qui revient également à encourager indirectement la décadence économique et sociale du pays… Ce qui est bon pour l’individu ne l’est pas nécessairement pour le pays. L’inverse est également vrai. Mais bon, quitte à choisir…

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Le grand écart sécuritaire : Police Française, Police Japonaise

Posté par tokyomonamour le 20 juillet 2010

J’ai eu par le passé l’occasion de participer à des missions d’interprétariat pour le Service de Protection des Hautes Personnalités (SPHP), le service qui fournit gardes du corps et autres gorilles à nos élites politiques en voyage. Un ministre en vadrouille au Japon, un Premier Ministre qui vient en visite officielle ou le Président qui se rend à un sommet international est toujours précédé d’un groupe de « précurseurs » (j’aime bien cette appellation, ça a un petit côté SF) composé de membres de la sécurité rapproché de la personnalité chargé de faire les repérages préalables sur site, de s’assurer de l’organisation des cortèges ou du suivi de la délégation diplomatique.

Lors de ces missions, les « précurseurs » doivent nécessairement composer avec leurs homologues nippons, les SP (Security Police) de l’agence de la police, tant au niveau de la logistique que des opérations sur le terrain. Jamais, et je pèse mes mots, je n’ai vu pareil choc culturel ! Deux cultures de la sécurité complètement antagonistes, deux méthodes de travail, deux approches et deux interprétations complètement opposées d’une même problématique qui est pourtant toujours la même : comment assurer au mieux la sécurité rapprochée d’une personnalité d’importance nationale… Je ne vous surprendrai pas en vous disant que les choses se passent rarement bien entre tout ce joli monde même si, au final, la politesse nippone prend le pas et que tout se termine par un sourire approbateur mais embarassé…

Pour faire court, les français privilégient l’adaptation permanente, le système D, les modifications volontaires de plan pour éviter d’être prévisible. Autant de caractéristiques qu’ils ont acquis d’expérience pour s’adapter au bon vouloir de nos personnalités, pour la plupart capricieuses et refusant de suivre le plan préétabli je suppose. Ils se foutent généralement royalement des recommandations de leurs hôtes et tentent par tous les moyens de ruser le système à leur avantage. Bref, cette mentalité française qui consiste à jouer le système à son avantage (et parfois juste pour montrer qu’on est plus intelligent que ‘tous ces cons qui respectent les règles ») est également présente chez nos policiers. Ça laisse songeur…
Les japonais au contraire ne supportent pas les modifications intempestives, prévoient des plannings à la minute près (Le ministre sort à 14h12 et monte dans la voiture à 14h13… Une vraie mécanique suisse je vous dis !) et sont d’une efficacité redoutable quand ils travaillent entre eux… Pour eux, le système est sacré, les règles établis pour le bien général qui, en fin de compte, prévaut bel et bien sur la volonté individuelle… Mais ils sont complètement largués dès le premier événement imprévu et ont de graves difficultés à s’adapter aux méthodes de travail improvisées de leurs partenaires français. J’en ai déjà parlé dans d’autres articles, les systèmes en vigueur au Japon sont tellement complexes (et efficaces en général), qu’un changement est toujours considéré comme de la chirurgie lourde. Il faut beaucoup de temps et de réflexion avant de franchir le pas.

Ha ! Je rêve d’une police alliant organisation de groupe et flexibilité individuelle, rigueur de méthode et ouverture d’esprit, droiture morale et tolérance humaine… Utopie, utopie…

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Pourquoi, le doute et les japonais

Posté par tokyomonamour le 1 juillet 2010

Pourquoi ? La question fondamentale… Celle qui fait prendre conscience du doute, du questionnement, de la remise en cause des choses. Sans pourquoi, pas de regard critique sur son environnement, pas de questionnement, pas d’efforts d’imagination. Le doute, c’est un peu comme la mastication : le préalable « sain » à toute digestion.
On m’a souvent fait la remarquer, ici au Japon, que les français demandent toujours « pourquoi ? » avant de demander « comment ? »… Les japonais font plutôt le contraire, ce qui explique sans doute leur grande prédisposition aux travaux techniques et aux opérations de précision. Je suppose que les deux approches ont leurs avantages et leurs inconvénients mais force est de constater qu’une fracture existe entre les tenants de ces deux pensées et que la communication n’est pas toujours aisé entre ceux qui veulent d’abord appréhender la toile de fond et le contexte général, et ceux qui veulent d’abord planifier les opérations de terrain immédiatement.

Cette approche nippone est particulièrement visible au plan historique : Pearl Harbor, une opération militaire magistrale, ordonnée comme du papier à musique mais dont la rationalité était plus que vague… Pourquoi ? But psychologique : faire peur aux USA et les convaincre de pas les faire chier en Asie ? L’analyse de l’ennemi était alors bien superficielle, c’était mal connaitre les américains et leur mentalité…. But matériel : empêcher physiquement les USA d’intervenir en Asie ? Il aurait alors fallut débarquer à Hawaï avec armes et bagages et passer tout le monde au fil de la baïonnette… Bref, le « comment » passe souvent clairement avant le « pourquoi ».

Certains japonais, ayant bien conscience de la faiblesse de cette approche (de la même façon qu’une approche métaphysique uniquement basée sur le pourquoi est parcellaire) tentent de compenser cette situation par une étude des processus de « logical thinking ». Une logique principalement issue de la pensée commerciale anglo-saxonne favorisant la « rationalité » et la clarté dans l’analyse des choses : un but à accomplir, les moyens à mettre en place. Le sous tendant de cette pensée, c’est « la rationalité au service de l’efficacité ». Utile d’un point de vue strictement marketing ou commercial, cette approche, appliquée aux autres domaines de la vie quotidienne crée des biais particulièrement pervers. Ainsi, la question « pourquoi », pourtant au centre de la démarche, est instrumentalisée pour servir un but.
Mais quelle erreur !!!!! Le doute n’est pas au service d’un but, il a une valeur en soi. Le doute ouvre l’esprit, nous enseigne la relativité des choses et des modes de pensée, nous protège contre la propagande et la « pensée unique » et surtout, nous confère la seule chose réellement importante : les bases saines d’un véritable libre-arbitre. Le concept d’efficacité ne doit pas corrompre cette approche car celle-ci perd alors tout son sens. L’efficacité à son utilité mais ailleurs. Il ne faut pas mélanger les genres…

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