Fukushima et immobilier: La prime de risque radioactivité
Posté par tokyomonamour le 20 août 2011
La semaine suivant le 11/3, lorsque j’ai commencé à récupérer suffisamment de sang froid pour regarder en face le futur du marché immobilier nippon, je me suis dit que les valeurs foncières des biens du département de Fukushima allaient dégringoler, et que le marché de la location allait plonger du nez suite à un fort exode de la population.
J’avais raison et tort. D’abord, oui, les prix immobilier ont fortement baisser car les acheteurs hors département sont désormais inexistants. Mais non, les loyers ne se sont pas effondrés car l’exode attendu n’a pas eu lieu.
Pourquoi? Par ce que le marché locatif est soumis à la géographie et aux facteurs socio-économiques des populations locales. Seules les « élites » économiques sont réellement libérées de cette contrainte imposée par l’espace, notamment grâce à l’utilisation d’internet et à la forte valeur ajoutée de leurs compétences sur le marché du travail leur permettant de changer de métier rapidement et de faire valoir leur mobilité.
Mais Fukushima n’est pas un département d’élites économiques, loin de là. La force de travail locale est enracinée dans l’espace: usines, terrains agricoles, écoles et autres services publics… Autant de fonctions fixées au lieu. Quitter la région signifie donc pour tous ces travailleurs, abandonner leur source de revenu sans espoirs d’en retrouver une facilement ailleurs. Les gens ont donc tendance à rester dans leur « zone traditionnelle de vie » car ils n’ont pas vraiment d’autres choix et ce, malgré le fort risque sanitaire causé par les dépôts de substances radioactives dans toute la région.
Le marché locatif des villes comme Koriyama ou Fukushima, qui connaissait de forts taux de vacance depuis plusieurs années, tant dans l’immobilier résidentiel que dans celui de bureaux, ne s’est donc jamais aussi bien porté depuis l’éclatement de la bulle de 1990!
En effet, des dizaines de milliers de personnes déplacées et un programme de reconstruction de logements qui trainent en longueur grâce au gouvernement le plus incompétent depuis 1994 et la première expérience socialiste japonaise, entraînent mécaniquement une hausse de la demande pour du locatif privé dans les zones de vie proches des lieux d’évacuation, que ces déplacements soient liés aux dégâts du tsunami ou à la quarantaine radioactive.
5 mois après la catastrophe, certains propriétaires bailleurs profitent de l’occasion pour essayer de revendre des immeubles de rapport avec un faible taux de vacance pour maximiser leur profit. Alors… A quel taux de rendement un bien tournant presque à plein dans le centre de la ville de Fukushima, à 60 km de la centrale du même nom, trouve-t-il preneur?
En comparant le taux de rendement avant et après la catastrophe nucléaire, on peut voir à combien le marché (les investisseurs potentiels) estime la prime de risque radioactivité.
Exemple concret d’un immeuble de rapport récent en centre ville de Fukushima City, ayant bien résisté aux secousses : Taux de vacance de 5% environ (ayant fait un bond dans les mois suivants le séisme) et taux de rendement de 10% brut. Il s’agit d’un taux de rapport régional assez courant dans la zone compte tenu du bon emplacement du bien (très près de la gare Shinkansen).
Résultat des courses: Après 2 mois sur le marché, la meilleure offre demandait un rendement minimum de 16%. La prime de risque engendrée par le risque nucléaire lié à la centrale, tel qu’elle s’exprime à travers le marché, est donc de 1,6 fois le taux demandé par celui-ci avant l’incident.
Comment évaluer la prime de risque placée sur l’immobilier en cas de sinistre durable? Accident nucléaire, guerre, troubles civils, pollutions… Impossible de le savoir avant de tester le marché et sa fameuse main invisible! Pour le moment, nous sommes à un facteur multiplicateur de 1,6, ce qui me semble personnellement très insuffisant au vu des risques futurs (nouvelle hausse de la vacance, aggravation de la situation, nouveau séisme etc.). Mais après tout, qui suis-je pour juger? Le Dieu marché a parlé.
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