Immigration: le facteur clef

Posté par tokyomonamour le 24 novembre 2010

Quand on parle d’immobilier, on est obligé de s’intéresser à la question de la démographie. Le fameux « manque de logements », dont on nous rabâche les oreilles pour justifier la hausse des prix en France, est une question précisément liée à la démographie et à la répartition des populations sur le territoire.

Or, il est impossible de parler de démographie sans parler d’immigration. C’est pourquoi j’aborde souvent le sujet et c’est pourquoi je m’intéresse à la politique d’immigration du Japon. Le pays est, je le répète, à la croisée des chemins. Il s’ouvre de façon rétive à l’extérieur, tout en maintenant une politique d’immigration très stricte et contrôlée. Il est donc très difficile de lire clairement où tout ça nous mène : plus (en prononçant le « s ») de visas pour les nurses philippines et assouplissement des critères d’obtention de visas touristiques pour les chinois et les indiens d’un côté, mais refus d’accorder les bénéfices sociaux aux étrangers et ambiance politique globalement peu ouverte sur le sujet de l’autre.
Je me casse donc la tête depuis pas mal de temps pour déterminer le facteur à suivre pour prédire l’évolution de la situation…

Et l’autre jour, en lisant, le nikkei, j’ai eu l’illumination, le satori, la grande lumière perçant les nuages de l’obscurantisme ! Un dossier spécial sur les difficultés de recherche d’emploi des nouveaux diplômés et la concurrence des étudiants étrangers… L’article disait que de plus en plus d’entreprises japonaises élargissaient leur recrutement à des étrangers, non pas pour combler un manque de main d’œuvre, mais pour préparer leur globalisation. Ainsi, une entreprise du secteur de la restauration rapide engageait des chinois et des coréens pour préparer, d’ici 2 à 3 ans, son implantation dans ces pays.

Le facteur clef, celui qui décidera de l’avenir de l’archipel et de sa politique d’immigration, ce n’est pas le gouvernement, ni même les électeurs. Ce sera les entreprises et leur degré de globalisation. Quand celles-ci décideront d’embaucher du personnel étranger en masse, alors et seulement alors, la politique d’immigration se desserrera naturellement et, sans haro ni prise de décision tonitruante, le Japon s’internationalisera pour de bon.

Suivez les orientations stratégiques des ressources humaines des grandes sociétés, et vous devinerez dans quel sens penche la balance.

8 Réponses à “Immigration: le facteur clef”

  1. Momix dit :

    Ce dont tu parles, n’est-ce pas le serpent qui se mord la queue? Je suis d’accord pour dire que les entreprises peuvent influencer le pouvoir, mais la politique d’immigration restrictive n’empêche-t-elle pas les entreprises de recruter à l’extérieur?

    Pour connaitre l’exemple américain, malgré l’ouverture dont il fait preuve, le pays limite la nombre de VISA de travail accordés aux étrangers, face à des entreprises très friandes de compétences internationales. Ainsi, les entreprises quelque soit leur taille ou leur degré d’internationalisation, se voient obligées de refuser des candidats et dans certains cas spécifiques, de dépenser des dizaines de milliers de dollars en frais d’avocat pour permettre à un profil étranger particulièrement recherché de travailler chez elle.

    Imaginons alors l’esprit de ces entreprises dans un pays où il est logique de ne pas embaucher d’étrangers et où les freins administratifs sont nombreux et variés. A mon avis, ces mêmes entreprises ne recruteront pas ou très peu d’étrangers.

    Et là, je ne parle même pas de l’attrait du pays dans un contexte d’enrichissement et d’internationalisation des pays voisins.

  2. Dindon dit :

    Faut croire que c’est a la mode en ce moment ce genre de reportage, l’autre jour je regardais la television, et j’ai eu droit au meme discours (Pas d’emploi pour les jeunes, recrutement des etrangers, etc…). Sauf que dans ce reportage, on nous disait que c’etait aussi parce que, nous gaijins au poil luisant, on avait des competences qu’on pouvait mettre en application directement. On est specialise en gros, alors qu’au Japon tu va etre diplome de droit pour ensuite etre forme par ta boite et finir a la compta…

    Petite appartee, quand je vois l’etat du marche de l’emploi en France pour les jeunes, j’hallucine toujours autant de voir les japonais pleurer car « seulement » 55% des futurs diplomes devraient se faire embaucher des le diplome en poche.

  3. Boutchou dit :

    C’est bien connu, les grandes entreprises sont sans nationalité !

  4. tokyomonamour dit :

    @Momix
    Oui et non. Dans un pays logique, c’est comme ça que les choses se passent. Les politiques décident une loi d’orientation avec des quotas d’immigration et les entreprises font avec. Le Japon a une structure de décision nettement plus complexe. Le politique de décide pas de tout. Souvent, il ne fait d’ailleurs qu’entériner des situations de fait, créées sur le terrain par des organismes publics, des collectivités locales ou des grandes entreprises.

    Le triumvirat politique/Haut-Fonctionnaires/Entreprises bat de l’aile depuis les années 90 et on se sait plus très bien qui commande quoi.
    Le PDJ a été élu avec le slogan de « remettre la politique au centre du Japon ». Jusqu’à maintenant, c’est un lamentable échec. Ça veut dire que certains ministères sont en roue libre, ça veut dire aussi que les grandes entreprises japonaises ont plus d’opportunités de jouer sur les divisions et de faire passer leur demande de lobbying.

    @Dindon
    Les japonais s’inquiètent, c’est normal. Le système universitaire ne s’est toujours pas adapté à la nouvelle donne et produit encore des généralistes dont plus personne ne veut par ce que les entreprises n’ont pas le temps, ou l’argent pour les former. Alors que nous, effectivement, gaijins au poil luisant que nous sommes (Moi, je n’utilise que Tsubaki de Shiseido… par ce que nous le valons bien, hein;)), on est ready to fight. Enfin, surtout les chinois et autres asiatiques.

    On est à 30% d’embauche de diplomés dans l’année de sortie chez nous. Effectivement, c’est pire. Et ça va pas s’améliorer…
    http://www.blog-pour-emploi.com/emploi/les-jeunes-diplomes/

    @Boutchou
    C’est vrai que les multinationales sont apatrides mais c’est récent au Japon. Et d’ailleurs, il se passe un phénomène assez original ici: l’internationalisation des ressources humaines des entreprises japonaises se fait du haut vers le bas. D’abord des PDG (Nissan, Sony… dans les années 90, 2000), puis les cadres, puis maintenant de plus en plus aussi, le bas de l’échelle (les vendeurs chinois dans les combini)… Etrange approche.

  5. Dindon dit :

    30% dans l’annee chez nous, 55% avant meme de l’etre chez les japonais, c’est meme pas un gouffre, c’est un monde qui nous separe.
    Quand je vois que ma copine considere qu’elle etait mechamment yabai a la bourre quand elle s’est faite embaucher en octobre …. pour etre diplome en mars suivant (dans son entourage, les gens avaient deja sa boite depuis plusieurs mois), je me disque la France et le Japon ne sont pas sur la meme planete.

    Dans le registre « J’hallucine », j’hallucine toujours de voir les sites de recrutement pour jeunes diplomes (my navy, etc…), ainsi que la periode de shushuku katsudo, commencer 2 ans avant la fin des etudes.

  6. tokyomonamour dit :

    T’as raison, c’est un monde qui nous sépare. Mais je pense que la France des 30 glorieuses était dans la même situation et qu’il y aurait le même gouffre entre des diplômés français de 2010 et leurs homologues en 1965 par exemple. La France actuelle en est juste à un stade de décadence plus avancé que l’archipel… A la seule différence à mon avis, qu’il y a encore de l’espoir pour le Japon, nettement moins pour l’hexagone…

    Tu transmettras mes félicitations à ta copine. J’espère qu’elle a eu le poste qu’elle ciblait.

  7. lolo dit :

    A la seule différence à mon avis, qu’il y a encore de l’espoir pour le Japon, nettement moins pour l’hexagone…

    Oh… Toi, tu as accepté l’invitation de Clarence…

    Je retire mon compliment du 6 septembre dernier ! En ce moment, à la veille d’une nouvelle virée au Japon, rien ne m’insupporte plus que cette manière de conchier la France. « Comparaison n’est pas raison ». Dans le cas d’espèce, c’est non seulement irraisonnable, mais c’est de plus complétement irrationnel.

    Vos fantasmes me font peur !

  8. tokyomonamour dit :

    Cher ami, dire que le Japon a plus de potentialités que la France, tant au niveau de ses moyens d’actions (comme je l’ai dit dans cet article: http://tokyomonamour.unblog.fr/2010/11/17/combien-de-balles-dans-le-chargeur/) que de sa position géographique (en Asie, nouveau centre de gravité du monde) n’est ni irrationnel ni fantasmatique. C’est juste la stricte réalité.

    Cela ne veut pas dire que la France va s’écrouler du jour au lendemain. Il restera toujours des secteurs de croissance. Mais une part de plus en plus restreinte de la population en profitera… Et si tu peux m’affirmer le contraire, j’attends une démonstration.

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