Tokyo et le désert japonais

Posté par tokyomonamour le 12 septembre 2010

Lorsque le géographe Jean-François Gravier écrit son ouvrage Paris et le désert Français en 1947, il accuse la capitale de vampiriser le territoire français en drainant toutes les forces vives et la valeur du pays. Depuis, le rééquilibrage en faveur de la province a commencé, notamment grâce aux lois sur la décentralisation, à la création de villes nouvelles et à la revitalisation de nombreux centres urbains de province. Même si Paris conserve encore, et de loin, sa prédominance démographique, politique et économique, Lyon, Marseille et Lille, les suivantes traditionnelles, mais aussi, Nantes, Toulouse, Montpellier ou Bordeaux, prennent peu à peu de l’importance alors que le solde migratoire de la région île de France est déficitaire.

Le Japon a suivi le chemin exactement inverse. Durant l’après guerre et jusqu’au milieu des années 90, Tokyo a globalement suivi la croissance démographique des autres villes régionales du pays, avec un léger avantage mais pas énorme. Cependant depuis la mi 90, La région capitale (Tokyo, Saitama, Kanagawa et Chiba) draine de plus en plus de populations jeunes de province et, la population globale déclinant, gagne donc en importance. En 2009, la région capitale est la seule zone, avec Aichi et Okinawa, a avoir eu une croissance démographique positive. La région capitale compte actuellement près d’1/3 de la population japonaise, soit environ 34 millions d’habitants.

Le résultat? La désertification progressive des provinces.
J’étais ce WE en visite à Okayama, le chef lieu du département du même nom dans l’ouest de Honshu, entre Kobe et Hiroshima. J’ai profité de mon après midi pour visiter la ville et améliorer mes critères de repérage des villes en déclin (critères purement empiriques développés durant mes promenades urbaines).

1. Le nombre de personnages âgées dans les rues.
Les vieux, ça consomme mais ça ne produit pas. Leur nombre est l’indice le plus sûr de repérage avancé de déclin urbain.
2. Le nombre de panneaux à louer
Dans un marché immobilier dynamique, dans une ville qui attire des actifs, les panneaux à louer à vendre n’existent pas. On a pas le temps de les poser que déjà les locataires se pressent au portillon.
3. Le nombre de parkings extérieurs en centre ville
Un immeuble, ça coute cher en entretien et en impôts fonciers. Si il n’y a pas de locataires, mieux vaut détruire le bâti pour en réduire les frais et transformer le terrain en parkings. Ça ne rapporte pas beaucoup mais ça permet de ne pas être en trou.
4. Le nombre de bâtiments abandonnés
Les propriétaires n’ayant même plus les ressources financières nécessaires pour détruire leur immeuble et convertir le terrain en parking, le laisse tomber en ruine. Des quartiers entiers se transforment en ville fantôme façon Détroit.

Okayama en est au stade 3. Enormément de parkings extérieurs à moins de 15mn à pied de la gare centrale (qui est une gare shinkansen), même sur des terrains en intersection de rue (les meilleurs car il y a le plus de fréquentations). Quelques bâtiments abandonnés mais pas trop visibles encore. Des studios en location à partir de 300 euros et des maisons individuelles en vente à partir de 70 000 euros. A Détroit, au stade 4 de la décadence urbaine, vous pouvez rachetez des maisons pour 1000 dollars… Au Japon aussi vous pourrez bientôt acheter des appartements et des maisons dans des villes de province de taille moyenne pour une bouchée de pain. Avis aux amateurs.

5 Réponses à “Tokyo et le désert japonais”

  1. shinmanga dit :

    Article intéressant même s’il manque un peu de chiffres!

  2. shinmanga dit :

    A ça n’a pas publié la fin de mon commentaire: bientôt l’équivalent des photos de michael john grist à Okayama? http://www.michaeljohngrist.com/ruins-gallery/ghost-towns/

  3. tokyomonamour dit :

    Ha! Des chiffres! En voila…
    La population du département d’Okayama a atteint un pic de population en 1998. La population a globalement stagné jusqu’en 2007 et baisse sérieusement depuis. Par contre le nombre de personnes âgées ne cesse d’augmenter…
    http://www.pref.okayama.jp/file/open/1284338787_559518_9870_54029_misc.pdf
    Concernant la ville d’Okayama, difficile d’avoir des chiffres qui parlent par ce que la ville a fusionné avec ses voisines en 2005, sa superficie a augmenté de 30 % et sa population d’environ 10%. http://www.city.okayama.jp/soumu/bunsho/bunsho_00017.html

    Il peut y avoir deux causes au déclin des centres villes: la baisse de la population et l’étalement urbain. Les chiffres semblent bien confirmer mes observations empiriques dans les deux cas…La baisse de la population (baisse relative par rapport au gain de superficie) réduit la demande locative globale et l’étalement urbain conduit à l’utilisation de la voiture qui pousse à la construction de parkings dans le centre ville près de la gare… Il faudra du temps pour qu’Okayama se transforme en paysages à la Grist… Mais ce serait beau non? :)

  4. Dindon dit :

    Je viens de passer le week-end a Miyazaki… J’ai ete effare de l’evolution de la ville, avec un stade 3 si je suis ton echelle : Des logements a louer partout a partir de 30.000 yens dans le centre-ville, des commerces qui ferment a un rythme incroyable et beaucoup d’autres a la recherche de gerant pour pas qu’ils ne soient perdus a jamais…
    C’est bien simple, l’agence immobiliere a accueilli mon ami francais les bras grand ouvert, en mode « louez svp on a besoin de vous » tellement ils sont en recherche de locataires. Et quand on sait comment cela peut etre difficile pour un etranger de louer un logement, encore plus dans un coin du Japon ou le « gaijin » est encore par moment un bete etrangre qui attire la curiosite et/ou la mefiance, ca veut dire beaucoup…
    En fait, seul le quartier « chaud » (bars a hotesses, etc…)m’a semble dynamique, et encore, seulement la nuit.
    C’est vraiment dommage, car c’est vraiment un coin magnifique…

  5. tokyomonamour dit :

    Bonjour Dindon et merci pour le récit de ton expérience.

    Effectivement, les problèmes de dépopulation et de difficultés a louer des propriétaires de province vont favoriser le marché des étrangers (http://tokyomonamour.unblog.fr/2010/09/07/quand-les-etrangers-sauveront-la-marche-de-limmobilier-locatif-nippon/ ) et c’est une chance pour ton ami! Par ce qu’effectivement, le gaijin est encore une espèce pleine de curiosité, et donc sujet à méfiance aussi, dans les provinces reculées de Kyushu…
    Ces coins qui se vident peu à peu sont souvent très jolis comme tu dis… Ça peut éventuellement être une opportunité pour des télé travailleurs rêvant de leur coin de campagne pour pas cher avec un peu de services publics quand même. Mais il faut être conscient que ce genre de ville est en plein processus de décadence et qu’elles ne se remettront probablement jamais (du moins pas de notre vivant) de ce déclin.

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