L’immobilier « mobile » : le concept de ichiku

Posté par tokyomonamour le 8 août 2010

Imaginez un promoteur immobilier en visite à Versailles. Il parcourt les grandes allées du palais, flâne le long des canaux et se dit : Que d’espace vide ! Quel gâchis ! Que de dizaines de milliers de m² perdus ! Il va donc voir la mairie, monte un projet immobilier de bureaux, de supermarchés et de logements qui rapporteront des millions d’euros aux collectivités locales… Le ministère de la culture et Matignon se laissent convaincre, le ministère des transports et de l’aménagement du territoire ayant pesé de tout son poids pour la réalisation du projet et, 5 ans plus tard, un magnifique complexe immobilier de tours trône sur les jardins de Le Nôtre… Le palais ??? Non, il n’a pas été détruit, il a été « déplacé » en Auvergne, où la place de manque pas, non loin de Clermont-Ferrand …

Ridicule ? Pas au Japon. Le concept de ichiku (« déplacement architectural » en littéral) est utilisé pour protéger le patrimoine sans affecter le développement économique et le marché immobilier. Cette méthode est utilisée pour les bâtiments emblématiques bien sûr, l’hôtel impérial de Wright, ou la maison de Maekawa Kunio, architecte pionnier du modernisme au Japon, mais aussi pour des bâtiments plus populaires comme des fermes ou des entrepôts traditionnels. Les villes sont donc vidées de leur patrimoine architectural au nom du profit et de la rationalité moderne. Mais ce patrimoine n’est pas détruit, ce qui est un moindre mal. Il est regroupé dans des zones spécifiques dédiées, des sortes de parcs d’attraction historiques, dans lesquels on peut voir, côte à côte des bâtiments d’Edo, de Meiji, de Taisho, dans un joli jardin… A ma connaissance, les deux principaux musées à ciel ouvert sont le Meiji mura dans la préfecture d’Aichi et le Musée d’architecture en plein air de Edo à Tokyo.

C’est une chance de pouvoir admirer ces constructions qui reflètent l’histoire de l’architecture et de l’art du bâti au Japon. Mais posés dans un espace artificiel, taillé sur mesure et hors contexte, c’est-à-dire, hors contexte urbain, ces bâtiments sont morts, la vie les a quittées, ils ne reflètent qu’une information technique, ils ont perdu leur âme.
L’architecture est inséparable de son environnement. Le bâti n’existe et n’a de sens que dans un contexte donné. La culture japonaise, qui n’accorde pas une grande importance au bâti et fait d’ailleurs une distinction fondamentale entre biens culturels matériels et immatériels, n’est pas naturellement sensible à ce lien.

Néanmoins, l’anonymat sans cesse grandissant des métropoles, la perte de repères et la paupérisation se combinent étrangement pour créer un changement dans les mentalités. La crise économique a par exemple lancé sérieusement le marché de l’immobilier ancien en 2008, qui jusqu’à maintenant était resté confidentiel, et les mots de rénovation, mise aux normes et conversion circulent de plus en plus dans les médias avec la bénédiction du gouvernement qui tente récemment, et à l’encontre de toutes les politiques favorables à la construction menées depuis l’après guerre, d’encourager le mouvement.
Cette reconsidération de l’immobilier ancien aura sûrement des conséquences à moyen et long terme sur la vision du rôle du bâti dans l’espace, de sa durabilité et de son lien organique avec son environnement… Du moins faut-il l’espérer pour les futurs citadins de Tokyo et d’ailleurs…

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